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29.06.2008
Michel Strogoff
Pour lire et pour jouer, pour plus grands.
D’après Jules Verne (roman et pièce de théâtre)
Dessins de J. Férat, éd. Hetzel .
MICHEL STROGOFF
Des récitants (Any, Bob, Léa) disent les résumés qui introduisent et relient les scènes . Les images donnent des idées pour les déguisements.

BOB . - A Moscou, c'est la fête au Palais-Neuf .
LÉA . - Mais le czar n'y assiste pas, car il est inquiet.
ANY . - A des milliers de kilomètres de la capitale, les Tartares ont franchi la frontière de la Sibérie.
BOB . - Ils menacent la ville d'Irkoustk, que défend le frère du czar, le Grand-Duc.
ANY . - Or le czar vient d'apprendre qu'un traître se propose de collaborer avec leurs ennemis .
BOB . - Comment prévenir le grand-duc ?
LÉA . - Le czar va charger de cette mission un jeune homme, remarquable par son sang-froid, son intelligence et son courage
Scène 1 - LE CZAR, MICHEL STROGOFF
LE CZAR. - Ton nom?
STROGOFF, au garde-à-vous. - Michel Strogoff, Sire.
LE CZAR. - Ton grade?
STROGOFF. - Capitaine au corps des courriers du czar.
LE CZAR. - Tu connais la Sibérie?
STROGOFF. - Je suis Sibérien.
LE CZAR. - Tu es né?...
STROGOFF. - A Omsk.
LE CZAR. - As-tu des parents à Omsk?
STROGOFF. - Oui, Sire.
LE CZAR. - Quels parents ?
STROGOFF. - Ma vieille mère.
LE CZAR, montrant une lettre qu'il tient à la main. - Voici une lettre que je te charge, toi, Michel Strogoff, de remettre en main propre au Grand-Duc et à nul autre que lui.
STROGOFF. - Je la remettrai, Sire.
LE CZAR. - Le Grand-Duc est à Irkoutsk.
STROGOFF. - J'irai à Irkoutsk.
LE CZAR. - Mais il faut traverser un pays soulevé par les rebelles, envahi par des Tartares, qui auront intérêt à inter-cepter cette lettre.
STROGOFF. - Je le traverserai.
LE CZAR. - Tu te défieras surtout d'un traître, Ivan Ogareff, qui se rencontrera peut-être sur ta route.
STROGOFF. - Je m'en défierai.
LE CZAR. - Passeras-tu par Omsk?
STROGOFF. - C'est mon chemin, Sire.
LE CZAR. - Si tu vois ta mère, tu risques d'être reconnu. Il ne faut pas que tu voies ta mère.
STROGOFF, marquant hésitation.- Je ne la verrai pas.
LE CZAR. - Jure-moi que rien ne pourra te faire avouer ni qui tu es ni où tu vas!
STROGOFF. - Je le jure.
LE CZAR, en remettant le pli au jeune courrier. - Michel Strogoff, prends donc cette lettre, de laquelle dépend le salut de toute la Sibérie et peut-être la vie du Grand-Duc mon frère.
STROGOFF. - Cette lettre sera remise à Son Altesse le Grand-Duc.
LE CZAR. - Ainsi tu passeras quand même?
STROGOFF. - Je passerai, ou l'on me tuera.
LE CZAR. - J'ai besoin que tu vives!
STROGOFF. - Je vivrai et je passerai.
LEC ZAR. - Va donc, Michel Strogoff, va pour Dieu, pour la Russie, pour mon frère et pour moi.
Scène 2 - NADIA FÉDOR, MICHEL STROGOFF, LE MAÎTRE
DE POSTE, UN INCONNU .

Ils vont voyager ensemble...
LÉA . - A Nijni-Novgorod, où s'arrête la voie ferrée, Michel Strogoff offre son aide à une jeune fille désemparée.
BOB. - Elle s'appelle Nadia Fédor .
ANY . - Elle aussi se rend à Irkoutsk, pour y rejoindre son père . Ils vont voyager ensemble.
LÉA . - Ils descendent en bateau la Volga, ils louent un tarentass pour franchir les montagnes...
ANY . - Un tarentass, c'est une voiture tirée par des chevaux...
BOB . - Ils surmontent mille difficultés : roue du tarentass cassée, orage épouvantable, attaque d’un ours... Mais ils s’en sortent .
LÉA . - Dans un relais de poste, ils viennent de changer d’attelage lorsque l’arrivée d’un inconnu provoque un grave incident .
L'INCONNU, à tournure militaire, le sabre au côté, un fouet à la main - Maître de poste, des chevaux.
MAITRE DE POSTE, en s’inclinant. - Je n'ai plus de chevaux.
L'INCONNU. - Quels sont donc ces chevaux qui viennent d'être attelés au tarentass que j'ai vu à la porte du relais?
MAITRE DE POSTE, montrant M.Sirogoff.- Ils appartiennent à ce voyageur.
L'INCONNU. - Qu'on les dételle!...
STROGOFF. - Ces chevaux sont retenus par moi.
L' INCONNU. - Peu m'importe! Il me les faut. Allons! Vivement! Je n'ai pas de temps à perdre.
STROGOFF. - Je n'ai pas de temps à perdre non plus.
L'INCONNU, à M. Strogoff. - Assez! Au maître de poste, avec un geste de menace. - Qu'on dételle ce tarentass, et que les chevaux soient mis à ma berline.
M. STROGOFF. - Mes chevaux resteront à ma voiture.
L'INCONNU. - Tu ne veux pas me céder tes chevaux?
STROGOFF. - Non.

L'INCONNU, tirant son sabre du fourreau. - Eh bien, ils seront à celui de nous deux qui va pouvoir repartir! Défends-toi, car je ne te ménagerai pas.
STROGOFF, croisant ses bras sur sa poitrlne.- Je ne me battrai pas.
L'INCONNU. - Tu ne te battras pas?
STROGOFF. - Non.
L’INCONNU, frappant M. Strogoff à l’épaule avec le manche de son fouet : Même après ceci?
STROGOFF, regardant le voyageur les yeux dans les yeux . - Non.
Sous l’insulte, ses mains se lèvent toutes ouvertes, comme pour broyer le brutal personnage .
BOB . - Par un suprême effort, Michel Strogoff parvient à se maîtriser .
ANY. - Un duel pourrait lui faire manquer sa mission .
LÉA . - Le lendemain, Michel et Nadia reprennent la route.
BOB . - Hélas! ils sont attaqués par les Tartares qui enlèvent Nadia .
ANY . - Michel Strogoff arrive seul à Omsk . Il y rencontre sa mère mais il fait semblant de ne pas la reconnaître.
BOB . - C'est alors qu'un homme aborde la vieille dame.
ANY . - Cet homme, c’est l’inconnu du relais de poste, c’est l’ignoble traître qui s’appelle IVAN OGAREFF.
Scène 3. - IVAN OCAREFF, suivi de quelques soldats, MARFA
IVAN. à Marfa, d'une voix rude. - Ton nom?
MARFA. - Marfa Strogoff.
IVAN . - Tu as un fils?
MARFA. - Oui.
IVAN . - Il est courrier du czar?
MARFA. - Oui.
IVAN . - Où est-il?
MARFA. - A Moscou.
IVAN . - Tu es sans nouvelles de lui?
MARFA. - Sans nouvelles.
IVAN . - Depuis combien de temps?
MARFA . - Depuis deux mois.
IVAN. - Quel est donc ce jeune homme que tu appelais ton fils, il y a quelques instants, ici même.
MARFA. - Un jeune Sibérien que j'ai pris pour lui . C'est le dixième en qui je crois retrouver mon fils depuis que la ville est pleine d'étrangers! Je crois le voir partout!
IVAN . - Ainsi ce jeune homme n'était pas Michel Strogoff?
MARFA. - Ce n'était pas Michel Strogoff.
IVAN, le doigt menaçant. - Sais-tu, vieille femme, que je puis te faire torturer jusqu'à ce que tu avoues la vérité.
MARFA, d'une voix ferme. - J'ai dit la vérité, et la torture ne me fera rien changer à mes paroles.
IVAN . - Ce Sibérien n'était pas Michel Strogoff?
MARFA. - Non! Ce n'était pas lui!... Croyez-vous que pour rien au monde je renierais un fils comme celui que Dieu m'a donné?
IVAN, à ses soldats. -Emmenez-la! A part, pendant que les soldats entraînent la pauvre femme. - Quand le moment sera venu, je saurai bien la faire parier, cette vieille sorcière.
LÉA . - Le traître Ivan Ogareff fait comparaître Marfa devant l’émir Féofar-Khan, le chef des Tartares .
ANY . - Mais Marfa a deviné que son fils est chargé d’une importante mission . Elle refuse toujours de parler .
BOB . - Alors elle sera punie . Elle subira le supplice du knout .
ANY . - Un terrible supplice . Le knout, c’est un grand fouet dont les lanières de cuir sont terminées par des crochets .
LÉA . - Une foule se rassemble pour assister à ce spectacle.
Scène 3. - MARFA STROGOFF, IVAN OGAREFF et ses
soldats, puis MICHEL STROGOFF
Ivan, à ses soldats . - Saisissez cette femme, qu’elle soit frappée du knout jusqu’à ce qu’elle en meure . (Marfa est saisie par deux soldats et jetée sur le sol . Un soldat portant le knout se place derrière elle.) Elle ne veut pas parler, mais il parlera lui, qui se cache dans cette foule. (son geste vers les coulisses évoque la foule) .Au soldat armé du fouet : Frappe !

STROGOFF, jaillissant des coulisses et bondissant vers le fouet . - Non ! ( Il arrache le fouet des mains du soldat et frappe Ogareff au visage. ) Coup pour coup, Ogareff !
MARFA . - Qu’as-tu fait, malheureux !
IVAN . - L’homme du relais ! Michel Strogoff !
STROGOFF . - Moi-même ! Oui, moi, que tu as insulté, outragé ! moi, dont tu veux assassiner la mère !
LES SOLDATS , et la foule (en coulisse) . - A mort ! A mort !
IVAN . - Ne tuez pas cet homme ! Qu’on prévienne l’émir Féofar-Khan !
MARFA . - Mon fils !... Ah! pourquoi t’es-tu trahi!
STROGOFF . - J’ai pu me contenir quand ce traître m’a frappé!... Mais le knout levé sur toi, ma mère !... oh! c’était impossible !
IVAN . - Éloignez donc cette femme !... et qu’on le fouille !
(Les soldats exécutent ces ordres.)
STROGOFF, résistant . - Me fouiller ! Lâche ! misérable !
IVAN, lui prend la lettre qu’il portait sur sa poitrine et la lit . - Oh! il était temps!... Cette lettre perdait tout !... Maintenant le Grand-Duc est à moi !
(Il sort, précédant les soldats qui emmènent Marfa et Michel Strogoff.)

BOB . - Pour Féofar-Khan, Michel Strogoff est un espion .
LÉA . - L'émir le condamne à être aveuglé par une lame ardente...
ANY . - La lame d'un sabre chauffée à blanc et passée devant ses yeux.
BOB . - Nadia, prisonnière des Tartares, assiste à l'exécution de cette sentence barbare .
LÉA . - La vieille Marfa aussi .
ANY. - Lorsque son fils devient aveugle, elle tombe inanimée sur le sol .
Scène 4 - MARFA STROGOFF, MICHEL STROGOFF, NADIA
( Marfa entre en titubant et tombe au milieu de la scène . )
STROGOFF . - Ma mère ! Ma mère !... Ma pauvre mère !... ( Les mains liées derrière le dos, les yeux clos, cernés de noir, il avance en tâtonnant et se penche sur sa mère pour lui parler à l’oreille.)
NADIA, bras tendus.- Michel!... mon frère !...
STROGOFF, reconnaissant la voix. - Nadia!... Nadia!...
NADIA, coupant les liens qui paralysent ses mains - Viens! frère. Mes yeux seront tes yeux désormais, et c'est moi qui te conduirai à Irkoutsk.
STROGOFF. - Nadia, ,je ne veux pas être un obstacle à ton voyage. Ton père t'attend là-bas...
NADIA. - Michel, tu as plus besoin de moi que mon père. Aurais-tu renoncé à aller à Irkoutsk?
STROGOFF. - Jamais! Par le Dieu vivant, il faut que j’y arrive avant ce traître d'Ogareff !
NADIA. - Et tu veux qu’on se sépare...
STROGOFF. - Nadia, les misérables m'ont tout pris...
NADIA. - Il me reste quelques roubles, et mes yeux! Je peux y voir pour toi, Michel, et te conduire là où tu ne peux aller seul.
STROGOFF . - Et comment irons-nous ?
NADIA . - A pied .
STROGOFF . - Et comment vivrons-nous ?
NADIA . - En mendiant .
( Marfa semble se ranimer . Son fils et Nadia se penchent pour un dernier baiser...)
STROGOFF . - Partons, Nadia .
NADIA . - Viens Michel .
ANY . - Michel Strogoff et Nadia parviennent à s’enfuir, mais ils doivent faire face à d’innombrables dangers.
BOB . - Bombardement...
LÉA . - Noyade...
ANY . - Repris par les Tartares, ils s’échappent à nouveau .
BOB . - Rivière encombrée de glaçons...
LÉA . - Loups affamés .
ANY . - Malgré tout, ils arrivent à Irkoutsk, mais le traître Ivan Ogareff les a devancés .
Scène 5 - IVAN OGAREFF, MICHEL STROGOFF, NADIA,
un officier .
L’OFFICIER, à Strogoff et Nadia . - Attendez ici !... Je vais aller prévenir Son Altesse le Grand-Duc de votre arrivée .
STROGOFF . - J’attends... Mais hâtez-vous (L’officier sort. )
NADIA, découvrant Ogareff au fond, à la fenêtre . - Ivan Ogareff !
IVAN, à part . - Michel Strogoff . Comment aveugle a-t-il pu arriver jusqu’ici ?
STROGOFF . - Il n’y a pas un instant à perdre !...
IVAN . - Oh! non, pas un instant . (Appuyant sa main sur l’épaule de Strogoff.) Michel Strogoff, reconnais-tu ma voix ?
STROGOFF . - Oui, c’est la voix d’un traître!... C’est la voix d’Ivan Ogareff
IVAN . - Ogareff, auquel tu n’échapperas pas, cette fois!...
( Il dégaine son poignard. )
NADIA . - Ah! prends garde, frère !... Le traître est armé !... Il voit clair, lui!...
IVAN . - Ah! tu te réjouis, n’est-ce pas? d’avoir pu arriver à temps pour accomplir ta mission et sauver à la fois Irkoutsk et le Grand-Duc ?
STROGOFF . - Peut-être !
IVAN . - Tu espères encore!... mais sache donc que nous sommes seuls ici ! Avant que nul ne vienne, mon poignard, fouillant dans ta poitrine, t’en arrachera le cœur .
STROGOFF, froidement . - Essaye .
IVAN . - Tu oses me braver... quand je te tiens seul et sans défense !... quand je n’ai qu’à choisir la place pour te frapper ! Ah! comme je vais bien te tuer !
STROGOFF . - J’attends !
( Ivan s’approche de Strogoff, mais le coup est détourné, et Strogoff lui arrache son poignard..)
STROGOFF. - Eh bien, j’attends toujours .
IVAN . - Est-ce un rêve!... Un miracle n’a pu se faire pour ce misérable !...
STROGOFF, s’avançant vers lui et lui prenant le bras . - Alors, pourquoi trembles-tu ?
IVAN, voulant se dégager . - Non!... C’est impossible !...
STROGOFF . - Ivan Ogareff, ton heure suprême est arrivée!...
IVAN . - Miséricorde! Il voit ! il voit ! il voit !
NADIA . - Il voit !... Dieu secourable, est-ce possible !
STROGOFF. - Oui, je vois sur ton visage de traître la pâleur et l’épouvante ! Je vois la trace du knout, le stigmate de honte dont j’ai marqué ton front ! Je vois la place où je vais te frapper, misérable ! Ah! comme je vais bien te tuer !
IVAN, se redressant .- Soit ! mais tu me frapperas debout ! Je mourrai du moins en soldat !
STROGOFF . - En soldat, toi?... Non . Tu vas mourir comme doit mourir un traître, à genoux ! Allons, à genoux ! pour expier l’outrage que tu m’as infligé, à genoux ! pour avoir fait honteusement knouter ma mère, à genoux ! pour avoir trahi ta patrie.... A genoux ! misérable, à genoux !
(Ivan cherche à s’emparer du poignard pour en frapper Strogoff, et parvient à le lui prendre . Mais Srogoff lui saisit la main et la dirige de telle sorte qu’Ivan se frappe et tombe.)
NADIA .- Michel !... (Elle se jette dans ses bras.)
LÉA . - C'est alors que le Grand-Duc, suivi de sa garde, intervient.
ANY . - Ivan Ogareff s'était fait passer pour Michel Strgoff .

BOB . - Le vrai Michel Strogoff s'explique. Et grâce à lui...
LÉA . - Les Tartares, privés de l'aide du traître, seront battus.
ANY . - Il reste une question à éclaircir : pourquoi Michel Strogoff n'est-il pas aveugle?
BOB . - Eh bien, je vais vous le dire... C’est parce qu’au moment de son supplice, alors qu’il regardait sa mère, des larmes ont mouillé ses yeux . Et ces larmes, en se volatilisant, lui ont sauvé la vue .
LÉA . - Ainsi finit l’aventure ?...
ANY . - Pas tout à fait... Michel Strogoff et Nadia Fédor ne voulurent plus se séparer . Ils se marièrent ...
BOB , lisant . - “ Michel Strogoff arriva, par la suite, à une haute situation dans l’empire . Mais ce n’est pas l’histoire de ses succès, c’est l’histoire de ses épreuves qui méritait d’être racontée .”
(Levant les yeux .) Là, ce sont vraiment les dernières lignes du roman .
10:55 Publié dans Jeux | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : théâtre, jeunesse, classique, diction, scène, mise en scène, personnages



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