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19.04.2008
Le don d'Alix ch. 8-9-10
8 - Que préparent les sorcières?
L’incorrigible Balthazar
Alix a obtenu de mamie Goudile le prêt de deux modestes fourches magiques, si petites qu’elles ressemblent à des diapasons.
- Des fourchettes! tout juste bonnes pour survoler un bosquet, plaisante Gaspard, qui n’en est pas moins impatient d’en faire l’essai.
Sa soeur lui en explique le maniement. C’est à peine s’il écoute, il est déjà parti, son instrument entre le pouce et l’index, au bout de son bras tendu. Son corps s’élève à la verticale entre les feuillages caressants, puis file à l’horizontale, dans un mouvement ondulatoire qui suit les courbes des frondaisons.
Sa presque soeur le rejoint et le hèle :
- Où vas-tu? Arrête! Arrête!....
Le garçon n’en fait rien. Sa modeste fourchette ne lui permet pas de se déplacer très vite, mais il en exploite au maximum les possibilités. Derrière lui, Alix fait ce qu’elle peut, dents serrées, sourcils froncés. On dirait un conducteur de cyclomoteur buté, voulant en rattraper un autre qui dispose du même engin que lui.
Elle va le rejoindre lorsqu’elle aperçoit, à l’horizon qu’éclaire encore un dernier rayon de soleil, trois points noirs... Trois silhouettes dont le dessin se précise... Les sorcières sur leurs balais. Elle a tout juste le temps de sauter sur le dos de son frère pour l’obliger à plonger vers les bois...
Tous deux parviennent à se redresser avant de disparaître dans le feuillage, et, profitant de l’abri que leur offre les plus hautes cimes des arbres, ils observent la sinistre escadrille.
Les trois ensorceleuses du pic d’Anie décrivent un cercle autour du toit de Sylvain, le berger, puis elles atterrissent et entrent dans la maison.
- Les sorcières, hein?... demande Gaspard
- Oui, souffle Alix.
- Il faut que nous sachions ce qu’elles veulent...
Alix fait de sérieuses réserves, mais la curiosité est la plus forte.
- Oui... dit-elle.
Cabale nocturne
Le frère et la soeur se donnent la main, pour s’encourager mutuellement. Leur diapason magique dans la poche, ils courent d’un pas léger vers la demeure du berger. Ils l’atteignent par l’arrière, la contournent, glissent le dos au mur jusqu’à l’entrée, et tendent l’oreille.
- Mon pauvre Sylvain, se lamente cyniquement une sorcière, tu as perdu vingt-cinq bêtes.
- Les... les.. les zouou... les ours... bégaie le berger.
_ Les ours, c’est vite dit! s’exclame une autre sorcière. Moi, je crois que ces ours ont été guidés... et je pense que tu es envoûté, mon ami...
- La... lalala... Gougou... Goudile? C'est... c'est elle !
- Évidemment. Mais nous sommes là, enchaîne la troisième sorcière. Nous sommes, tu le sais, fort habiles en désenvoûtement... Seulement, il faut en payer le prix...
- Tout ce que... que... vous voudrez...
- Demain ce sera le sabbat, dit l’une, on a besoin de ton bouc...
- Pour une grande messe noire en l’honneur de Satan, dit une autre.
- A minuit, dans le cirque de Gavarnie...
- Oh! là, là... sss...sss... c’est loin! fait Sylvain.
- Nous lui donnerons des ailes, à ton bouc, hi, hi, hi! Rappelle-toi, la dernière fois que nous l’avons fait voler, hi,hi,hi! Satan était content de se manifester... sous la forme de ton bouc, hi, hi, hi...
Les trois sorcières parlent en même temps et leurs rires résonnent comme des grelots d’enfer.
Alix et Gaspard n’en peuvent supporter davantage... Chacun prend, entre son pouce et son index, la petite fourche magique, et fuuutt! direction la maison.
Mamie Goudile n’est pas contente
Le lendemain...
- Hier, vous avez eu toute la journée pour me rapporter les fourches. Pourquoi ne l’avez-vous pas fait
- On a voulu profiter de la fraîcheur... dit Gaspard.
- Méchant Balthazar, tu ne vas pas te mettre à mentir à mamie Goudile, lui jette sa soeur.
- On a été retardé... à la suite d’un petit détour... concède le garçon
- Nous sommes allés par la voie des airs jusqu’à la maison du berger ... avoue Alix.
Sur sa lancée, elle raconte à la magicienne tout ce qu’ils ont vu et entendu.
- Un sabbat! oh! là là... s’exclame Goudile. Et vous en connaissez la date et le lieu... Vous avez eu de la chance que les sorcières ne s’aperçoivent pas que vous perciez leur secret... Elles vous auraient déchirés en charpie...
- On n’a même pas eu peur, fanfaronne le garçon. D’ailleurs, moi, si je pouvais assister à leur réunion, j’aimerais...
- Impossible! coupe la vieille dame. Les profanes que les sorcières invitent sont destinés à Satan... Ils sont voués à le servir, à l’adorer...
- Il ferait beau voir qu’on m’oblige! s’exclame Gaspard. Tenez, prêtez-moi une bonne fourche, une turbo-fourche à pierre de lune ou de soleil, et vous verrez!...
Mamie Goudile n’écoute plus ces paroles incohérentes. Elle fixe Alix dans les yeux, et commence avec elle un dialogue muet.
GOUDILE
Pour ta formation, mon enfant, j’aimerais que tu assistes, toi, en ma compagnie, à ce sabbat. Veux-tu?
ALIX
Si c’est possible, j’y consens, mamie.
GOUDILE
Rendez-vous ce soir, à onze heures, à l’entrée de votre tente
9 - Le sabbat
Un voyageur clandestin
A l’heure dite, la magicienne, cheveux dénoués, toute vêtue de blanc, ample châle et longue jupe, atterrit silencieusement dans le champ. Alix écarte la porte de toile. Elle aussi est habillée de blanc : sweat-shirt et jean.
Elle rejoint la magicienne, qui trace dans les airs, en direction de la tente, des signes magiques.
- Pour que tes parents et tes frères fassent de beaux rêves, explique-t-elle à sa protégée..
- Ils ne s’apercevront pas de mon absence?...
- Ils dorment à poings fermés.
Mamie Goudile semble très sûre d’elle, et pourtant elle se trompe. La toile de la tente tremble, dessine une bosse... Un personnage titubant apparaît, à moitié endormi..
C’est Gaspard, le fantasque, l’entêté Balthazar!
- Alix, gémit le semi-somnambule, Alix, ne me quitte pas, je vais avec toi, Alix!...
- Ne peut-on l’emmener, mamie? s’apitoie la jeune fille.
- Impossible! Pour mille raisons! D’abord, parce que j’ai pris une fourche qui ne peut servir que pour nous deux!... C’est l’une de mes meilleures machines, mais tout de même...
La magicienne pointe le manche vers le gêneur et dit :
- Abracadabra pepsa coli cattus stricto sensu.
Gaspard disparaît, un chaton apparaît à sa place. Un chaton qui fait des culbutes et roule en boule en direction d’Alix.
- Il est mignon, non? Il va jouer... dit Goudile, en prenant la main d’Alix. Allons, viens, ma fille,
La magicienne brandit son instrement, comme la statue de New-York la flamme de la liberté. Et elle quitte le sol, lentement, Alix aussi...
- Oh!... fait Alix.
Goudile attribue cette exclamation à l’éblouissement du décollage. Il n’en est rien. Ce sont des petites griffures qui viennent de surprendre la jeune fille... Des griffes se sont plantées dans la jambe de son jean, des griffes qui montent, qui montent, jusqu’à son dos, où elles s’immobilisent, solidement plantées dans le coton molletonné du sweat....
Celui qui devine à qui appartiennent ces griffes gagne une médaille en chocolat.
L’assemblée des sorcières
Par la voie des airs, la distance à parcourir est d’environ soixante kilomètres. A quoi bon filer comme la lumière? La vitesse d’un avion subsonique sera suffisante, d’autant que le spectacle des Pyrénées, illuminées par la pleine lune, est admirable.
Les blanches voyageuses (et le clandestin) survolent la route, encore piquetée des lumières de quelques phares, jusqu’au col d’Iseye. Quelles belles vues entre deux nuages! Ici de hautes parois abruptes, là un cirque verdoyant, où des troupeaux sont regroupés pour la nuit... Et voici, sous l’éclairage pâle de la reine des nuits, les dents de scie monstrueuses de la montagne, des sommets décharnés, des ombres inquiétantes, des pics vertigineux, les neiges éternelles... Le miroir du lac d’Artouste... Le point culminant du Vignemale... La chapelle de Notre-Dame des Neiges...
- Nous y sommes, arrêtons-nous, soufflons un peu sur un nuage, propose Goudile.
La magicienne et son élève s’asseyent sur le rebord moelleux d’un cumulus de beau temps.
- Comme c’est immense! Comme ils sont majestueux, ces trois gradins qui forment le cirque de Gavarnie!... Et cette merveilleuse cascade!... s’exclame Alix, les joues rosies par le vol.
- Chut! fait Goudile. Regarde!... Les premiers participants arrivent, là-bas...
Atterrissent en effet des hommes, des femmes, mais aussi des êtres nus, velus, ayant un corps humain avec des ailes dans le dos, d’autres une tête ornée de cornes et d’un bec crochu. Ceux et celles qui chevauchent des balais ne font pas toujours preuve de beaucoup d’adresse. Ils dérapent sur des plaques de glace et de neige. Mais cela ne ralentit guère leur élan. Tous se précipitent vers le niveau le plus bas du cirque, au pied de la cascade. Là, des roches plates forment une estrade, devant laquelle brûle un grand feu....
- Attention!... Reculons!... ordonne Goudile.
Cachée avec sa protectrice dans le nuage, Alix voit passer, cheveux au vent, trois cavalières un peu particulières, qu’elle connaît bien : l’une, qui mène le train, est vêtue de vert, derrière elle suivent la bleue et la jaune... Rien là que de très banal! Ce qui l’est moins, c’est qu’elles ouvrent le chemin au bouc du berger... Il vole, si l’on ose dire d’un quadrupède qui trotte dans les airs.... Ses cornes sont fleuries... Il porte, nouée à son cou, une ample cape rouge, brodée d’or... Quant à Sylvain, le malheureux!... Peut-être a-t-il été invité à monter à califourchon sur sa bête, au départ d’Accous. Dans ce cas, disons qu’il n’a pas su se cramponner à la barbiche, aux cornes ou aux oreilles de sa monture , car s’il suit, c’est accroché à la queue de l’animal, tournoyant comme une vrille folle.
Pendant que passe ce convoi, la foule grossit dans le cirque, autour du feu. Sorcières et sorciers déposent leurs sacs, d’où les diables cornus tirent des poulets, des lapins, un porc, un chien...
- Pourquoi cette ménagerie? demande Alix, qui a repris sa place au bord du nuage.
- Pour les sacrifices... marmonne Goudile. Ils vont verser le sang de ces bêtes dans les flammes...
- Oh, non! ...
Alix pousse ce cri lorsque l’un des monstres tire d’un panier un bébé d’homme, qu’il tient par un pied au dessus du brasier.
Des applaudissements, des rires, des hurlements accueillent l’apparition de cette fragile victime.
Ces bruyantes manifestations redoublent quand le bouc se pose sur la scène de pierre.
Une sorte de folie collective s’empare de l’assistance. Sorciers et sorcières se dénudent. Les démons cornus les aident à se dépouiller de leurs vêtements, les arrachant parfois, tant est grande la fièvre qui les anime.
Sur son socle, toujours vêtu de sa cape rouge brodée d’or, le bouc présente son arrière train à l’assistance. L’un des diables s’approche de lui et lui soulève la queue, pour poser dessous son bec crochu. C’est le signal du baiser, que chaque participant du sabbat doit donner à Satan, à cet endroit de son individu. Car c’est bien de Satan qu’il s’agit, Satan qui habite, pour cette soirée, le corps du bouc de Sylvain.
Lorsque la cérémonie est terminée, le bouc s’installe, assis, les pattes antérieures levées, hiératique, à l’arrière de la scène, au pied de la majestueuse cascade, dans un fauteuil que lui offrent les démons.
Alors les huées, les cris stridents, les acclamations reprennent de plus belle. Les sorciers, les démons, les sorcières se lancent dans un folle farandole autour du feu.
La frénésie de la danse faiblit un peu lorsque le sang du premier poulet égorgé au-dessus du feu ruisselle et s’éparpille dans les hautes flammes.
- Après... gémit Alix, ce sera le bébé...
La bonne magicienne décide d’intervenir. C’est alors qu’elle découvre la présence du chaton.
Elle empoigne d’une main ferme la bête solidement accrochée au dos de la fillette, et les entraîne tous deux au plus profond du nuage, pour bien leur dire à haute voix, à très haute voix, sa façon de penser.
- Vous êtes des petits inconscients!...
- Le temps presse, mamie... objecte Alix.
- Tu as raison...
Balthazar n’en rate pas une
Deux libellules, Goudile, Alix, et un chaton (on le connaît) se cachent derrière une saillie de roc, au pied de la cascade. L’eau qui les éclabousse ne gêne guère les insectes aux ailes transparentes, mais elle déplaît souverainement au petit griffeur indiscipliné.
A quelques pas d’eux, maître Bouc, autrement dit Satan, continue de distribuer ses faveurs à ses vassaux en échange de l’hommage qu’ils lui rendent.
- Tu seras indemnisé comme tu le mérites, dit-il à Sylvain, et ton troupeau restera sous ma protection...
Voir le berger agenouillé, prosterné, cassé en deux, frottant son indigne front contre la roche verglacée, pour tout dire mué en adorateur de son bouc, cela vaut le coup d’oeil!
Suivent les trois sorcières du pic d’Anie. Elles sont jeunes, nues, échevelées, et l’on pourrait dire belles, si la haine ne défigurait pas leur traits.
- Quoi de neuf dans la vallée d’Aspe? demande Satan.
- Un grand malheur, maître, dit l’une, une descendante de Louise est arrivée
- Souvenez-vous, ricane une autre, Louise ! Louise... qui fut tuée par un éclair... bien dirigé, hi-hi-hi...
- Sa petite-fille a le don, Monseigneur, et l’horrible Goudile l’initie...
- Il faut faire quelque chose ...
Les libellules tendent l’oreille. Cette conversation les passionne... C’est le moment que choisit Gaspard-le-Chaton pour sortir de sa cachette. Il croit que son apparence le protège. Il veut voir Satan de près.
Catastrophe! Il traverse l’estrade, dérape sur une plaque humide, se punit en essayant de se mordre la queue, fait mille contorsions, mille grimaces...
Tous les participants le remarquent, rient de lui, le montrent du doigt... Une rumeur naît, se transforme en clameur, gonfle, gonfle...
- A mort! A mort!...
Le préposé aux sacrifices lâche les pattes du chien qu’il s’apprêtait à égorger. Il marche vers le chaton, s’en saisit, lui lie les pattes... Tout va très vite. Le chaton pend, tête en bas, au-dessus des flammes. La lame du bourreau jette de sinistres éclats.
- A mort! A mort!...
La lame s’élève... Mais le bourreau doit porter la main à son oeil. Quelque chose vient de le frapper... Il se frotte l’oeil... Il n’y voit plus guère de cet oeil-là, mais il lui reste l’autre. Il lève son couteau... Toc! il doit frotter son autre oeil... Une bestiole le harcèle, vrombissante, furieuse, roulant d’effroyables yeux dont les multiples facettes jette des éclairs... C’est une libellule.
S’il comprenait le langage des libellules, l’égorgeur entendrait : “Arrête, misérable!... C’est mon Balthazar que tu assassines, un chenapan que j’aime, parce qu’il est mon presque frère... Arrête, où je te crève un oeil et j’entre dans ton crâne pour te ronger le cerveau!”
Quand la passion les emporte, même les libellules ont un langage excessif.
Pour se frotter les yeux, pour protéger sa tête, l’homme laisse tomber le chaton à ses pieds. C’est alors qu’un aigle royal plonge sur cette boule de poils et l’emporte dans ses serres.
L’oiseau monte à tire d’ailes vers un cumulus de beau temps dans lequel il disparaît. En bas, ceux qui ont de bons yeux notent, dans le sillage de l’admirable rapace, une petite tache sombre... - oh! minuscule, c’est une libellule.
10 - Sauvetage du bébé
Le vol de l’aigle
Dissimulés dans le confortable nuage, la magicienne et sa disciple retrouvent leur blanche vêture et leur apparence habituelle. Quant au bébé chat, il reste ce qu’il est, car il faudra bientôt songer au voyage de retour.
- Vous avez entendu, mamie, ces affreuses mégères du pic d’Anie? s’exclame Alix. Elles avouent qu’elles ont fait périr par la foudre ma bonne grand-mère!
- Ce qui est regrettable, répond Goudile, c’est que ce méchant chaton ne nous ait pas permis de les écouter plus longtemps. Elles parlaient de toi, ma chère enfant, et je me demande bien ce qu’elle manigancent...
Pendant ce temps, dans le cirque, l’épouvantable cérémonie se poursuit. Sorciers, diables, sorcières et tous leurs invités participent maintenant à une messe noire. Sorti dont ne sait où, un dragon à tête humaine élève au-dessus d’un autel improvisé une rondelle de navet en guise d’hostie. Un autre apporte le bébé...
A ce moment, Alix se penche au bord du nuage.
- Mon Dieu!... s’écrie-t-elle.
Goudile se penche à son tour. Elle voit en quel danger se trouve le jeune enfant. Sans hésiter, elle tourne vers sa poitrine la pointe de sa fourche magique... L’aigle qui a sauvé Gaspard-le-Chaton déploie ses ailes et descend, en décrivant de larges cercles, vers les officiants sacrilèges.
Le monstre qui singe la messe dit:
- Toi, fils de Lucas, lequel a refusé de se soumettre à Mammon, toi, fils d’Henriette, laquelle a repoussé Astaroth, toi, enfant du village d’Artouste qui s’est moqué d’Azazel, tu dois mourir... meurs donc!
Pauvre petite victime, qui va perdre la vie parce que trois compagnons de Satan n’ont pas fait ce qu’ils ont voulu dans une petite localité des belles Pyrénées!...
Le sacrificateur lève son instrument. Le bébé, tenu par les pieds, tête et bras pendants, son petit bedon nu agité de sanglots étouffés, va mourir d‘une mort atroce, saigné à blanc... La lame du couteau brille...
L’aigle plonge et arrache la victime à ses bourreaux.
Revenu dans le nuage, le bel oiseau redevient la magicienne qu’attendaient avec impatience Alix et son chaton. Une magicienne pressée.
- Ne perdons plus de temps, dit-elle, car il nous faut passer par Artouste et nous y arrêter pour y déposer notre précieuse charge. Si perfectionnée qu’elle soit, ma fourche va peiner.
Elle prend le bébé sous son bras, Alix le chaton en croupe, et fuuutt!...
Délicate attention
Quand ils arrivent au-dessus d’Artouste, il n’ont pas à chercher longtemps la maison dans laquelle il manque un bébé. Ils survolent une ferme. Ils aperçoivent une jeune femme, qui arpente son verger en poussant des hauts cris et en s’arrachant les cheveux... Son mari pleure, affalé au coin de la grange.
- Je te confie pour un instant ma fourche, dit Goudile à Alix, je vais me transformer à nouveau en aigle...
- En aigle!... Mais vous allez faire mourir de peur cette pauvre mère! objecte Alix. Permettez-moi de vous soumettre mon idée, mamie.
La jeune fille demande à la magicienne de la muer en cigogne. Son voeu satisfait, elle survole quelques cours et trouve un grand torchon, qu’une lavandière à laissé sur un fil. Voilà qui sera bien pour envelopper le bébé...
- Miracle, miracle! Lucas, viens voir!... s’écrie Henriette, la jeune mère, éperdue de bonheur, quand la blanche cigogne dépose à ses pieds son enfant.
(à suivre)
11:53 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : sabbat, satan, messe noire, égorger, cigogne, bébé



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