05.03.2009
Les Mousquetaires de Dumas
LA JEUNESSE

LE ROMAN D'ALEXANDRE DUMAS
LES TROIS MOUSQUETAIRES
DATE DE 184
LA JEUNESSE DES MOUSQUETAIRES
EST UNE ADAPTATION THÉÂTRALE DE CE ROMAN
Première à Paris, au "Théâtre-Historique", le le 17 février 1849.)
Vous trouverez ici :
1 - L'HISTOIRE EN IMAGES
Ces quelques pages présentent l'essentiel de ce que l'auteur a gardé du roman pour composer sa pièce .
(Illustrations de J.A. Beaucé et F. Philippoteaux, empruntées à la remarquable édition des Trois Mousquetaires, en 1852, chez Marescq et Cie, Libraires,Paris.)
2 - LE QUATRIÈME MOUSQUETAIRE
Adaptation brève du début de la pièce, pour un spectacle d'un quart d'heure environ (plus ou moins selon la mise en scène).
3 - LES DIAMANTS DE LA REINE
Version courte de l'adaptation de la pièce, qui donne une suite à l'extrait précédent, pour un spectacle d'une quarantaine de minutes .
4 - LA JEUNESSE DES MOUSQUETAIRES
Version plus longue, avec prologue et épilogue, mais adaptation toujours (nous resterons très loin des spectacles montés par Dumas, qui duraient parfois six ou sept heures .)
L'HISTOIRE
EN IMAGES

D'Artagnan, gentilhomme de Gascogne, fort jeune et très pauvre, se rend à Paris pour y devenir mousquetaire.
2

Ce jeune Gascon ne supporte pas la moindre raillerie.
A la porte d'une auberge, croyant qu'un gentilhomme, M. de Rochefort, se moque de son cheval, il le provoque.
Mais le duel n'aura pas lieu car les aubergistes vont intervenir .
3
M. de Tréville

A Paris, il rencontre M. de Tréville, capitaine des mousquetaires du roi.
Cet ancien compagnon de guerre de son père explique au jeune Gascon qu'il faut avoir fait ses preuves avant de devenir mousquetaire.
- C'est à dire, Monsieur, répond d'Artagnan, que vous attendez que je m'en sois rendu digne . Eh bien, soyez tranquille, vous n'attendrez pas longtemps .
4
ATHOS

En sortant du cabinet de M. de Tréville, dans l'escalier, d'Artagnan bouscule le noble Athos, qui a été blessé à l'épaule la veille.
Échange de mots piquants, brève querelle...
On se battra en duel .
Rendez-vous est pris.
5
PORTHOS

D'artagnan arrive à la porte de la rue, et, en la franchissant, s'empêtre dans le manteau de cette force de la nature qu'est Porthos .
Les excuses moqueuses du jeune homme ne satisfont pas le bon géant.
On se défie, on tombe d'accord pour croiser le fer .
Rendez-vous est pris.
6
ARAMIS

Dans la rue, d'Artagnan se prend de querelle avec un troisième mousquetaire, Aramis.
Les propos s'enveniment.
- Dégainez, s'il vous plaît, et à l'instant même, dit d'Artagnan.
- Non pas, s'il vous plaît, mon bel ami; non, pas ici du moins.
Rendez-vous est pris.
(Chaque mousquetaire est accompagné de son valet.)
7
Gardes contre mousquetaires

D'Artagnan et les trois mousquetaires qu'il a provoqués se retrouvent sur le pré d'un couvent .
Mais les gardes de Richelieu interviennent . Ils sont chargés de faire respecter les édits interdisant les duels.
Les mousquetaires refusant d'obéir, les gardes vont les attaquer .
D'Artagnan choisit alors son camp, celui des mousquetaires, et avec eux inflige aux gardes une sévère défaite.
Ci-dessus, d'Artagnan a désarmé son adversaire . Mais il va lui rendre son épée et relancer le combat.
8
Le lendemain au jeu de paume
(jeu de balle)

Bernajoux, une de meilleures lames du royaume, déclare en frisant sa moustache que le jeune d'Artagnan a peur de la balle .
Défi. Duel.
Et deux beaux coups d'épée dans le corps de Bernajoux, l'un des plus célèbres gardes du cardinal.
9
M. de Tréville reçoit les quatre amis

Il est content de leurs succès .
Il félicite surtout d'Artagnan, qui est considéré comme le héros de ces deux dernières journées.
Puis il annonce aux quatre compagnons que le roi souhaite les rencontrer .
10
Sa Majesté le roi Louis Treizième

Le roi fait semblant de les gronder parce qu'ils n'ont pas respecté l'édit interdisant les duels.
En vérité, il se réjouit des échecs des gardes de Richelieu .
Il est très content de ses hommes et le prouve . Il donne à chacun quarante pistoles et fait de d'Artagnan un apprenti mousquetaire .
11
Planchet

Chaque mousquetaire a son valet .
Celui que recrute d'Artagnan se nomme Planchet .
D'Artagnan mène Planchet à la baguette .
Néanmoins Planchet aime bien son maître et lui est très dévoué.
12
M. de Rochefort

On se souvient que d'Artagnan l'a croisé en venant à Paris.
Rochefort travaille pour le compte de Richelieu .
Aujourd'hui, ce "seigneur de haute mine" complote contre la reine, avec la complicité de Milady.
13
Milady

Cette mystérieuse grande dame a préparé avec M. de Rochefort plusieurs enlèvements.
D'abord celui d'une servante de la reine : Mme Bonacieux .
Leur but est de faire tomber dans un piège un duc anglais très célèbre, et cher au cœur de la reine de France : le duc de Buckingham.
14
Ketty

Ketty est la soubrette de Milady .
C'est elle qui porte à leurs destinataires les lettres de sa maîtresse.
Cette jolie jeune fille, pleine de fraîcheur, ne restera pas insensible au charme du bouillant d'Artagnan.
15
M.Bonacieux

Le mari de Mme Bonacieux est un riche épicier-mercier .
Il loue à d'Artagnan un appartement situé juste au-dessus de chez lui.
Sa femme travaille à la cour .
Elle est au service de la reine de France, Anne d'Autriche, l'épouse du roi Louis XIII .
16
Mme. Bonacieux

On se souvient qu'elle a été enlevée . Ici, elle échappe à ses ravisseurs.
Puis elle est reprise . Et finalement délivrée par d'Artagnan, le locataire de son mari .
Cette dame, d'Artagnan et son valet Planchet se croient à l'abri dans la boutique du mercier. Mais un inconnu s'introduit dans la demeure...
17
Duel évité

L'inconnu provoque d'Artagnan . Ils vont se battre lorsque Madame Bonacieux s'interpose car elle a reconnu l'intrus .
C'est le duc de Buckingham .
(Dans le roman, la scène a lieu à l'extérieur, avec le Pont-Neuf en arrière-plan.)
18
Buckingham

Il demande à Mme Bonacieux de le conduire auprès de la reine.
Selon Alexandre Dumas, Anne d'Autriche, l'épouse du roi de France Louis XIII, aime en secret, sans même oser se l'avouer, le duc de Buckingham, premier ministre du roi d'Angleterre.
19
Anne

Quand elle apprend que Buckingham est en France, attiré par une fausse lettre qu'elle lui aurait envoyée, Anne d'Autriche est bouleversée .
Elle l'est plus encore quand elle sait qu'il est dans le palais du Louvre .
20
La rencontre

Au Louvre, la vie de Buckingham est en danger . Pour qu'il s'en aille vite, la reine accepte de le recevoir, et elle lui donne l'un de ses bijoux, composé de ferrets.
Le duc serre contre son cœur le coffret contenant les précieux diamants.
Elle lui tend une main qu'il baise avec transport .
Sa camériste la soutient et l'aide à contenir son émotion.
21
Richelieu

Il est cardinal et premier ministre de Louis XIII .
Dans l'œuvre de Dumas, ce grand homme d'Église et d'État aime en secret la reine.
Le duc de Buckingham l'ayant emporté dans le cœur d'Anne d'Autriche, Richelieu use de tous ses pouvoirs pour nuire à l'un et à l'autre.
22
Habile manœuvre

Ayant appris par ses espions que la reine a donné au duc anglais un bijou que le roi lui avait offert, Richelieu saisit cette occasion de la discréditer .
- Sire, insiste-t-il à plusieurs reprises, n'oubliez pas de dire à Sa Majesté la Reine que vous désirez voir comment lui vont ses ferrets de diamants.
(On notera sur cette image que Richelieu ne porte pas toujours les vêtements pourpres du cardinal.)
23
La nuit tous les chats sont gris

Ketty, la soubrette de Milady, aime d'Artagnan.
Elle est naïve . Elle ne sait rien lui refuser.
Aussi ne s'oppose-t-elle pas à ce qu'il s'introduise dans la chambre de sa maîtresse.
Entré dans cette pièce, qui est plongée dans l'obscurité, d'Artagnan se fait passer pour M. de Varbes, l'amant de Milady.
24
La fleur de lis

D'Artagnan rejoint Milady dans son lit.
Mais Ketty, restée seule, regrette de l'avoir laissé passer. Et, cédant à un accès de jalousie, elle entre dans la chambre, une lumière à la main .
D'Artagnan reconnaît alors sur l'épaule de Milady "la fleur de lis", une marque faite au fer rouge par un bourreau .
Furieuse, Milady va chasser d'Artagnan . Elle ne songera plus désormais qu'à se venger de lui.
25
La bague

Croyant que d'Artagnan était M. de Vardes, Milady lui a glissé une bague au doigt .
Or, cette bague, Athos la reconnaît .
C'est celle qu'il lui a donnée le jour de leur mariage.
Ainsi la mystérieuse Milady serait cette odieuse femme dont il s'était séparé quand il avait découvert qu'elle portait à l'épaule la marque des criminels.
26
Une mission de confiance

D'Artagnan n'est pas au bout de ses surprises.
Il reçoit la visite de Mme Bonacieux qui lui demande, au nom de la reine, de porter une lettre à Buckingham, à Londres.
Séducteur impénitent, le jeune homme en profite pour faire un brin de cour à Mme Bonacieux .
Il lui dit qu'il l'aime et compte sur sa reconnaissance quand il reviendra .
27
Direction Londres

Accompagné de ses trois amis et de leurs valets, d'Artagnan part pour Londres.
Mais la petite troupe va fondre rapidement .
Porthos, Aramis et Athos tombent dans des embuscades qui les empêchent de poursuivre le voyage.
28
Rien ne l'arrête

Seul d'Artagnan, suivi de son fidèle Planchet, réussit à arriver à Calais, où il embarque pour l'Angleterre.
29
Un rendez-vous

Revenons en France... Ce cavalier que Rochefort accueille à la porte de l'auberge du Colombier-Rouge, c'est le cardinal de Richelieu .
Le Cardinal a rendez-vous avec Milady, qu'il veut charger d'une terrible mission...
Il doit rencontrer l'inquiétante femme au premier étage de la maison.
30
Le tuyau de poêle

Mais, toujours désireux de servir d'Artagnan, Athos, Porthos et Aramis surveillent les faits et gestes de Milady .
C'est pourquoi on les retrouve au rez-de-chaussée de l'auberge du Colombier-Rouge .
Là, par un tuyau de poêle qui traverse le plafond, ils entendent tout ce qui se dit à l'étage .
31
La mission

Richelieu charge Milady d'aller à Londres pour persuader Buckingham de renoncer à faire la guerre à la France.
S'il refuse de l'entendre, elle devra le faire assassiner par un fanatique, un certain Felton.
Pour réussir sa mission, l'abominable intrigante demande au Cardinal un ordre écrit prouvant qu'elle agit en son nom.
Elle désire aussi qu'il l'aide à se venger de ses deux ennemis : Mme Bonacieux et d'Artagnan .
32
"Le démon sur la terre"

Le démon sur la terre : ce sont les mots que le noble Athos emploie pour désigner Milady, son ex-épouse .
Après le départ du Cardinal, il monte à l'étage pour la retrouver .
Il lui adresse les pires menaces pour la dissuader de se venger de d'Artagnan.
Et il exige qu'elle lui remette l'ordre écrit de Richelieu lui donnant les pleins pouvoirs.
33
A La Rochelle

La Rochelle est une place de sûreté qui a été accordée aux protestants . Mais comme ceux-ci pactisent avec les Anglais, le roi a décidé d'assiéger la ville.
Avant le départ, il passe en revue ses mousquetaires .
Ce siège de La Rochelle est "une des grandes entreprises militaires du Cardinal" .
34
Le cardinal botté

Richelieu participe activement à la mise en œuvre du siège.
Les assiégés comptent sur l'aide des Anglais Ils attendent l'intervention du duc de Buckingham .
Mais, on l'a vu, Milady a été envoyée en mission pour lui barrer la route .
35
Felton

Milady est en Angleterre .
Ici, Felton raconte à Milady que Buckingham lui a tout enlevé, fortune, avenir, honneur, en le chassant de la marine royale.
L'intrigante lui répond que le duc est aussi son ennemi.
Avec habileté, elle parvient à exacerber le désir de vengeance du jeune officier . Elle fait tout ce qu'il faut pour le pousser au crime .
36
Coup de poignard mortel

Felton rencontre Buckingham et lui reproche d'avoir été trop sévère avec lui . Il l'accuse aussi d'entreprendre une guerre impie .
Le duc veut le chasser . Felton le poignarde .
Alerté, d'Artagnan, qui a déjà rencontré Buckingham, accourt...
37
Un mousquetaire au grand galop

Buckingham mourant remet à d'Artagnan les précieux ferrets qu'il est venu chercher .
Il n'y a pas de temps à perdre !
Au retour, le jeune mousquetaire "crève autant de chevaux" qu'à l'aller .
Mais grâce à sa diligence, la reine peut porter les fameux diamants au bal que les échevins donnent au roi .
La confusion du Cardinal est grande .
38
A Béthune

Voici la supérieure du couvent des Carmélites, à Béthune .
La reine a envoyé Mme Bonacieux dans ce couvent pour qu'elle s'y cache.
Mais dans ce même couvent, Milady s'est arrêtée, à son retour d'Angleterre, pour y attendre les ordres du Cardinal.
A force de mensonges, la méchante femme gagne la confiance de Mme Bonacieux.
39
La haine au cœur

Milady reçoit Mme Bonacieux dans sa chambre .
Elle la laisse parler pour mieux la tromper ensuite.
Bientôt, elle va lui offrir son aide, alors qu'elle ne pense qu'à se venger de cette amie de d'Artagnan qui a fait échouer son projet d'enlèvement de Buckingham .
40
Rochefort à Béthune

Ce cavalier qui sonne à la porte du couvent, c'et le comte de Rochefort.
Il vient voir Milady .
Le cardinal l'a envoyé vers elle pour qu'elle lui raconte ce qui s'est exactement passé en Angleterre .
Richelieu veut ausi savoir où il pourra la trouver s'il a de nouveau besoin d'elle.
41
L'approche des mousquetaires

Avant d'arriver à Béthune, Rochefort a aperçu dans une auberge d'Artagnan et ses trois fidèles amis.
Les complices du cardinal pensent que les mousquetaires vont venir au couvent pour y chercher madame Bonacieux .
Mais Milady ne les laissera pas faire . Elle va s'enfuir avec la jeune femme, son ennemie, dont elle a gagné la confiance .
42
Milady veut s'enfuir

On entend le galop de plusieurs chevaux dans la rue .
- Venez-donc, mais venez-donc ! dit Milady à Mme Bonacieux.
Mais celle-ci lui résiste .
Voyant qu'elle n'en viendra pas à bout, Milady verse le contenu du chaton de sa bague dans un verre d'eau et demande à Mme Bonacieux de le boire pour se donner des forces.
43
Mort de Mme Bonacieux

Mme Bonacieux a le temps d'échanger quelques mots avec celui qu'elle aime, d'Artagnan, mais bientôt elle se sent mal, et meurt empoisonnée .
Les mousquetaires comprennent que Milady s'est rendue coupable d'un nouveau crime.
Ils vont la rechercher, la juger, et la punir .
44
L'homme masqué

Les mousquetaires se lancent à la poursuite de Milady .
Mais Athos quitte un instant ses amis .
- Il nous manque un compagnon de route, et je vais le chercher, leur dit-il .
Quand il revient vers eux, il est accompagné d'un mystérieux cavalier, masqué, et enveloppé d'un grand manteau rouge .
45
L'arrestation de Milady

Milady s'est réfugiée dans une cabane près de la rivière de Lys .
Avec l'aide de leurs valets, les mousquetaires l'ont bientôt dépistée .
Porthos se présente à la porte, le pistolet au poing .
Athos enfonce la fenêtre pour entrer .
- Abaissez votre pistolet, Porthos, dit-il; que cette femme soit jugée, et non assassinée.
46
L'homme masqué

Les mousquetaires vont juger Milady selon ses crimes .
L'home masqué atteste qu'elle était flétrie déjà lorsqu'elle avait épousé Athos ...
- Mais quel est cet homme ? s'écrie Milady .
Cet homme, c'est un bourreau .
47
Le bourreau

Il se défait de son masque . Milady le reconnaît . C'est lui qui a imprimé une fleur de lys sur son épaule gauche.
Ce bourreau sait tout de ses premiers forfaits . Il est le frère d'un homme qui s'est tué pour elle...
Milady se sent perdue .
Athos demande :
- Chevalier d'Artagnan, quelle est la peine que vous réclamez contre cette femme ?
48
Ce sera là...

- La peine de mort, dit d'Artagnan
Porthos et Aramis prononcent la même sentence . Alors Athos montre du doigt à Milady le lieu de son supplice .
Au moment où celui qui est apparu masqué, l'homme au grand manteau rouge, s'approche pour l'entraîner, la condamnée s'écrie :
- Assassins ! Assassins !
- Le bourreau peut tuer, sans être pour cela un assassin, madame, répond l'homme; c'est le dernier juge, voilà tout .
49
L'exécution

Pour qu'elle meure en paix, ceux qui l'ont jugée lui pardonnent le mal qu'elle leur a fait.
Peu après, le bourreau lève lentement ses deux bras, un rayon de lune se reflète sur la lame de sa large épée, les deux bras retombent...
"Un cri coupé par le milieu", venu des coulisses, évoque au théâtre cette fin tragique .
* * * * *
Place au théâtre !
Les récitants
Any Bob Léa

LE QUATRIEME MOUSQUETAIRE
Acte 1
ANY : Pour le premier tableau de l'acte un, nous
sommes a Paris.
BOB : A Paris, mais loin du centre de la ville, dans un
pré aride, au pied des murs sans fenêtres du convent
des Carmes déchaux.
Un accessoiriste installe une pancarte :
Pré du convent
des Carmes déchaux.
Les récitants s'écartent.
ANY : Ce jeune homme est Gascon. II se nomme
cl'Artagnan. II vient d'arriver a Paris, où il a rencontré
M. de Tréville, Ie capitaine des mousquetaires du roi. II
souhaite devenir mousquetaire...
BOB : Hélas!... sa carrière risque d'être de courte
durée, car il a imprudemment contrarié trois valeureux
mousquetaires que voici...
Ils entrent et prennent place côté cour (à la droite des spectaturs).
LEA : M. Athos qui, bien que blessé, tirera I'épée
contre d'Artagnan à midl. (Athos salue, en grimaçant et en portant
la main a l'épaule dont il souffre.)
ANY : M. Porthos, qui se battra a une heure. (Porthos
salue.)
BOB : M. Aramis, à deux heures... (Aramis salue.)
LEA : Porthos et Aramis arrivent en avance pour
servir de seconds à Athos .
Deuxième tableau, Scène II
ATHOS, PORTHOS, ARAMIS, D'ARTAGNAN
D'ARTAGNAN
Un moment, messieurs; à présent que vous êtes
réunis, permettez-moi de vous faire mes excuses...
TOUS, moqueurs,croyant qu'il a peur.
Oh!oh!
D'ARTAGNAN
Vous ne me comprenez pas... je m'excuse d'une seule
chose, c'est de ne pouvoir vous payer ma dette a tous
trois . En effet, M. Athos a le droit de me tuer lepremier; ce qui ote beaucoup de valeur à votre créance,
monsieur Porthos, et rend la votre a peu près nulle,
monsieur Aramis . Voila de quoi je m'excusais, rien que
de cela . Maintenant, messieurs, quand vous voudrez !...
ATHOS
A la bonne heure!
D'ARTAGNAN
J'y crèverai !... mais, les cent mousquetaires y
fussent-ils ensemble, je ne romprai pas d'une semelle.
(Ils dégainent.)
ATHOS
Vous avez pris la mauvaise place; vous avez Ie soleil
dans les yeux.
D'ARTAGNAN
Bah! je Ie connais... Je suis du Midi.
Ils engagent le fer.
Après quelques passes d'armes, les récitants reprennent la parole.
ANY : Attention, messieurs, attention! Un édit royal interdit les duels!
Les duellistes s'immobilisent.
LEA : Or, voici venir les gardes du cardinal de Richelieu, chargés de faire respecter la loi.
BOB : Les gardes et les mousquetaires ne s'aiment guère... Ils sont rivaux... (Les mousquetaires se regroupent côté Jardin, à la gauche des spectateurs. Les gardes entrent et prennent place côté cour.) On peut même dire que les gardes sont les ennemis traditionnels des mousquetaires.
LEA: Et M. de Winter (Il salue).
Scène III
Les mêmes, JUSSAC, BISCARAT, DE WINTER,
CAHUSAC, GARDES
JUSSAC
Oh! oh! mousquetaires! on se bat donc par ici? Et les
édits, qu'en faisons-nous ?...
ATHOS
Jussac !...
PORTHOS
Les gens du cardinal !...
ARAMIS
L'épée au fourreau!...
JUSSAC
II est trop tard !
ATHOS
Eh! messieurs, de quoi vous mêlez-vous?... Si nous
vous voyions vous battre, vous tuer, je vous réponds
que nous ne vous en empêcherions pas...
JUSSAC
Encore des provocations!... Nous sommes en service,
messieurs, rengainez, mille diables! et suivez-nous!...
ARAMIS
Impossible d'obéir a votre gracieuse invitation... M.
de Tréville nous l'a défendu...
JUSSAC
C'est comme cela?...
ATHOS
Mais oui! c'est comme cela...
JUSSAC
Eh bien, si vous n'obéissez pas...
ATHOS
Quoi ?
JUSSAC
Vous allez voir! (A ses hommes.) Attention, vous autres! (A
M. de Winter.) Monsieur de Winter, vous n'êtes pas à M. le
cardinal, vous... vous êtes Anglais. Si vous voulez vous
abstenir...
DE WINTER
Non, messieurs, je ne suis pas à M. le cardinal; mais
ma soeur, lady de Winter, est des amies de Son
Éminence... Je suis Anglais, c'est vrai, mais raison de
plus pour que je montre à des Francais qu'on se bat bien
en Angleterre comme en France, et, comme ma prome-
nade m'a conduit ici, ce que vous y ferez, je le ferai.
ATHOS, à ses amis.
Ils sont cinq, nous sommes trois, nous serons battus
et il nous faudra mourir ici. ça, je vous déclare que je
ne reparais pas vaincu devant le capitaine...
PORTHOS
Ni moi !..,
ARAMIS
Ni moi !...
D'ARTAGNAN, dans un coin
Voici le moment de prendre son parti; si je ne me
trompe, c'est là un de ces événements qui décident de
la vie d'un homme... II s'agit de choisir entre le roi et le
cardinal... C'est un triste ami que le roi, c'est un rude
ennemi que le cardinal... Ah! bah! j'ai Ie coeur mousque-
taire... tant pis !... Pardon, messieurs...
ATHOS
Quoi ?...
D'ARTAGNAN
Vous venez de vous tromper, tout à l'heure, en disant
que vous n'étiez que trois...
ARAMIS
Mais non...
PORTHOS
Nous sommes trois...
JUSSAC
Diantre! est-ce qu'ils prennent du renfort? Allons,
vous autres ! L'épée à la main sur une ligne... Vous, beau
Gascon, déguerpissez !... Nous vous donnons la clef des
champs... Sauvez votre peau !
BISCARAT
Vous ferez sagement, car il va pleuvoir des coups
d'épée..
D'ARTAGNAN
Eh bien, il en pleuvra pour tout le monde : je reste...
ATHOS
Vous vous mettez avec nous contre eux ?... vous,
notre ennemi ? C'est beau ?... mais...
D'ARTAGNAN
Oui... je vois, vous vous demandez si je vaux mon
homme. Essayez, essayez toujours; j'en ferai bien assez
pour me faire tuer proprement.
ATHOS
Allons, vous êtes un joli garcon... Comment vous
appelle-t-on ?
D'ARTAGNAN
D'Artagnan .
ATHOS
Eh bien, Athos, Porthos, Aramis et d'Artagnan, en
avant !
JUSSAC
Ah! c'est cela que vous décidez? Eh bien, nous autres,
en avant, en avant !
TOUS
En avant!
(Combat général)
D'ARTAGNAN, après avoir engagé le fer
avec Jussac, à de Winter,
Si vous voulez, il y a place pour tout Ie monde.
DE WINTER
Non... Je remplacerai le premier qui sera blessé.
PORTHOS, à Cahusac
Est-ce que je n'entends pas sonner midi et demi,
monsieur de Cahusac ?
CAHUSAC
Fanfaron!
PORTHOS
Vous avez la une jolie lame, mon cher!
ARAMIS, à Biscarat.
Biscarat, je vous devais celle-la. (Il le tue.) A un autre.
JUSSAC
C'est un jeu de province que vous avez là.
D'ARTAGNAN
Un jeu de Gascon, oui, monsieur. (ll le blesse.)
ATHOS, à Aramis
II va bien, le d'Artagnan !
ARAMIS
Et vous, Athos ?
ATHOS
Moi... moi... je souffre ! mais je m'échauffe.
D'ARTAGNAN
Attendez-moi un peu.
JUSSAC
II est charmant, lui...
D'ARTAGNAN
N'est-ce pas ?... Allez! (Il renverse Jussac.) C'est une botte
de M. d'Artagnan père... Monsieur de Winter, je suis a
vos ordres.
ATHOS
Laissez-moi celui-la, c'est celui qui m'a blessé hier!
(II désarme un des Gardes.)
PORTHOS, touchant son homme .
Trois à quatre .
ATHOS, au Garde qu'il vient de désarmer.
Rendez-vous!
D'ARTAGNAN, à de Winter
Je vous tue
DE WINTER.
Tuez!
D'ARTAGNAN.
Ma foi, non... Vous me faites I'effet d'un brave
Anglais, vous vivrez.
DE WINTER
Merci ! Votre nom, monsieur? votre adresse?
D'ARTAGNAN
Si c'est pour recommencer, je suis là, recommencons
tout de suite.
DE WINTER
Non, monsieur, c'est pour vous remercier - c'est pour
présenter à ma soeur un galant homme à qui je dois la
vie ; ainsi, votre nom, votre adresse ?
D'ARTAGNAN.
M. le chevalier d'Artagnan, rue des Fossoyeurs,
DE WINTER
Monsieur, recevez tous mes compliments. Au revoir.
PORTHOS , à Athos .
Ah! ah! voila une revanche!
D'ARTAGNAN, voyant que les Mousquetaires partent sans lui.
Et moi?
ATHOS
Vous ?... toi? Embrasse-moi, et ne me fais pas mal a
l'épaule.
(Aramis et Porthos embrassent d'Artagnan.)
D'ARTAGNAN
Nous sommes donc amis ?
ATHOS
A la vie ! à la mort !
TOUS
A la vie! à la mort!
ATHOS
Seulement, te voila brouillé avec M. Ie cardinal.
D'ARTAGNAN
Ah? bah! si je suis recu apprenti mousquetaire, M. Ie
cardinal n'est pas mon oncle.
* * *
* * * * *
Fin de la pièce en un acte intitulée :
LE QUATRIEME MOUSQUETAIRE
Mais cet acte est aussi le premier acte de la pièce
LES DIAMANTS DE LA REINE
* * * * * * * * * * *
THÉÂTRE
LES DIAMANTS DE LA REINE
Rappel :
"Le Quatrième Mousquetaire" : C'est l"Acte I de cette nouvelle pièce.
ANY, BOB, LÉA, ensemble : Et c'est ainsi que les trois mousquetaires devinrent quatre .
Suite :
Les duellistes cèdent la place aux récitants.
Changement de pancarte : 'Au Louvre".
BOB : Imaginons un complet changement de décor... Nous sommes au Louvre, au cœur du palais, dans la chambre d'Anne d'Autriche.
LEA : Voici la reine .
ANY : Et sa suivante, Madame Bonacieux.
Les récitants s'inclinent et s'effacent.
Acte II - Sixième tableau - SCÈNE II
ANNE D'AUTRICHE, MADAME BONACIEUX.
ANNE
Tu l'as vu ?
MADAME BONACIEUX
Votre Majesté...
ANNE
Réponds vite; tu l'as vu?... il ne lui est arrivé aucun accident ?
MADAME BONACIEUX
Il est là.
ANNE
La !... qui ?...
MADAME BONACIEUX
Le duc.
ANNE
Le duc de Buckingham?
MADAME BONACIEUX
Lui-même.
ANNE
Au Louvre... chez le roi... près du cardinal?
La reine s'assied, le front dans la main, songeuse.
ANY : Le duc de Buckingham, qui est premier ministre du roi d'Angleterre , aime la reine de France.
LEA : Et la reine de France n'est pas insensible à cet amour.
BOB : Or, le cardinal de Richelieu et ses complices ont attiré en France le duc de Buckingham, en lui envoyant une fausse lettre dont la signature imitait celle de la reine.
MADAME BONACIEUX
Madame, il a dit que, puisqu'il était venu, il ne
retournerait pas à Londres sans vous voir; qu'il savait
que la lettre n'était pas de vous; qu'il savait avoir été
attiré dans un piège; mais qu'il remerciait ses ennemis
de lui avoir fait cette position.
ANNE
Quelle folie! Retourne où tu l'as laissé; prie, implore,
ordonne en mon nom... (Le Duc paraît.) Dis-lui qu'il faut qu'il
parte... que je ne le verrai pas... que je ne veux pas le
voir... Au besoin, s'il le faut, je dirai tout au roi.
SCÈNE III
Les mêmes, BUCKINGHAM.
BUCKINGHAM
Oh! vous n'aurez pas ce courage, madame!
(Mme Bonacieux sort discrètement; la Reine et Buckingham restent seuls.)
SCÈNE IV
ANNE D'AUTRICHE, BUCKINGHAM.
BUCKINGHAM, mettant un genou en terre.
Je suis venu m'agenouiller devant vous et vous dire :
Georges de Villiers, duc de Buckingham, est toujours Ie
plus humble et le plus obéissant de vos adorateurs.
ANNE
Duc, vous savez que ce n'est point moi qui vous ai fait
écrire, n'est-ce pas?
BUCKINGHAM.
Oui, je sais que j'ai été un fou de croire que la neige
s'animerait, que le marbre pourrait s'échauffer... Mais,
que voulez-vous ! quand on aime, on croit facilement à
l'amour; d'ailleurs, je n'ai pas tout perdu à ce voyage,
puisque je vous vois.
ANNE
Vous oubliez, milord, qu'en me voyant, vous courez
risque de la vie, et que vous me faites courir, à moi,
risque de mon honneur ; vous me voyez pour m'entendre
vous dire que tout nous sépare, les profondeurs de la
mer, l'inimitié des deux royaumes, la sainteté des
serments : il est sacrilège de lutter contre tant de
choses, milord ; vous me voyez enfin pour m'entendre
vous dire que nous ne pouvons plus nous revoir...
BUCKINGHAM
Parlez, madame! parlez, reine! la douceur de votre
voix couvre la dureté de vos paroles.. . Vous parlez de
sacrilège... mais Ie sacrilège est dans la séparation des
cœurs que Dieu avait faits l'un pour I'autre.
ANNE
Milord, je ne vous ai jamais dit que je vous aimais.
BUCKINGHAM
Mais vous ne m'avez jamais dit non plus que vous ne
m'aimiez point.
ANNE
Milord !
Les récitants reviennent sur le devant de la scène; Buckingham et la reine miment la suite de leur entretien.
LEA : Le duc de Buckingham poursuit sa déclaration enflammée.
ANY: La reine n'est pas insensible à ses paroles.
BOB : Mais elle veut qu'il s'en aille car elle a peur pour lui.
Les récitants s'effacent, Anne et Buckingham enchaînent... (fin de la scène IV).
Partez, partez et revenez plus tard, revenez comme
ambassadeur, revenez comme ministre, entouré de
gardes qui vous défendront, de serviteurs qui veilleront
sur vous... Et alors... alors, je ne craindrai plus pour vos
jours, et j'aurai du bonheur à vous revoir.
BUCKINGHAM
Eh bien, donnez-moi un gage de votre indulgence, un
objet qui me vienne de vous, et qui me rappelle que je
n'ai point fait un rêve ?... quelque chose que vous ayez
porté et que je puisse porter a mon tour, une bague, un
collier, une chaîne !
Et partirez-vous, partirez-vous, si je vous donne ce
que vous me demandez ?
BUCKINGHAM
Oui.
ANNE
A l'instant même ?
BUCKINGHAM
Oui.
ANNE
Vous quitterez la France ? vous retournerez en
Angleterre ?
BUCKINGHAM
Oui, je vous le jure!... je vous le jure?
ANNE
Attendez, milord, attendez.
Elle s'élance hors de l'appartement . Buckingham 1'attend, immobile, les bras tendus.
reparaît, tenant un coffre de bois de rose.
Tenez, milord, tenez, gardez ceci en mémoire de
moi : ce sont les ferrets de diamants que je portais la
première fois que vous m'avez vue, et que m'avait
donnés le roi.
Est-ce bien vrai, madame ?
ANNE
Vous m'avez promis de partir.
BUCKINGHAM
Et je tiens ma parole ... Votre main, madame, votre
main, et Je pars ! (Anne lui tend sa main.qu'il baise avec transport.) Avant
trois mois, madame, je serai mort ou je vous aurai
revue, dussé-je, pour en arriver là,
bouleverser le monde.
BOB (après ia sortie des acteurs): Changeons de décor.
Nouvelle pancarte : "Chez le Cardinal''.
ANY : Le tableau suivant a pour cadre le cabinet du cardinal.
LEA : Et ce personnage qui entre en scène, c'est lui, c'est Richelieu.
BOB : Il est accompagné par l'un de ses espions les plus efficaces, M. de Rochefort .
ActeII -Septième tableau . SCENE VII
LE CARDINAL, ROCHEFORT
ROCHEFORT
Ils se sont vus.
LE CARDINAL
La reine et le duc ?
ROCHEFORT
Oui.
LE CARDINAL
Ou?
ROCHEFORT
Au Louvre.
LE CARDINAL
Qui vous l'a dit ?
ROCHEFORT
Madame de Lannoy.
LE CARDINAL
On peut compter sur elie ?
ROCHEFORT
Elle est toute à Votre Éminence.
LE CARDINAL
C'est bien; nous sommes battus... Tâchons de prendre
notre revanche.
ROCHEFORT
Je vous y aiderai de toute mon âme, Monseigneur.
LE CARDINAL
Comment cela s'est-il passé ?
ROCHEFORT
A onze heures, la reine était avec ses femmes; elle
est entrée dans son boudoir en disant: "Attendez-moi".
LE CARDINAL
Et c'est dans le boudoir qu'il i'a vue ?
ROCHEFORT
Oui.
LE CARDINAL
Qui I'a introduit ?
ROCHEFORT
Madame Bonacieux.
LE CARDINAL
Combien de temps sont-ils restés ensemble ?
ROCHEFORT
Une demi-heure, à peu près.
LE CARDINAL
Après quoi, la reine est rentrée ?
ROCHEFORT
Pour prendre un coffret de bois de rose, et elle est
ressortie aussitôt.
LE CARDINAL
Et, quand elle est rentrée, plus tard, a-t-elle
rapporté le coffret ?
ROCHEFORT
Non.
LE CARDINAL
Madame de Lannoy sait-elle ce qu'il y avait dans le
coffret ?
ROCHEFORT
Les ferrets de diamants que le roi a donnés a la reine.
LE CARDINAL
Alors elle les aurait remis au duc ?
ROCHEFORT
Elle les lui a remis.
LE CARDINAL
Vous en êtes sûr, Rochefort ?
ROCHEFORT
Parfaitement sûr.
LE CARDINAL
Bien, bien! tout n'est pas perdu peut-être, et peut-
être même tout est-il pour le mieux...
Ils sortent en continuant de converser.
LEA : "Et peut-être même tout est-il pour ie mieux" : que veut donc dire le cardinal de Richelieu?
ANY : Il ne pense qu'à nuire à la reine...
LEA : Quelle machination prépare-t-il ?
BOB, à Léa : Je vais te le dire... Il prépare un complot, le plus simple qui soit . Il va persuader Louis XIII d'exiger qu'Anne d'Autriche se pare de ses ferrets de diamants au prochain bal de la cour.
ANY : Oui, et le roi va l'écouter . Le roi va demander à la reine de porter ses ferrets .
LEA : Voilà pourquoi la reine se sent perdue...
ANNE D'AUTRICHE et MADAME BONACIEUX entrent en scène en
conversant avec animation.
BOB : Mme Bonacieux pourra-t-elle la sauver?
Acte II - Septième tableau -SCÈNE XVI.
ANNE D'AUTRICHE , MADAME BONACIEUX
MADAME BONACIEUX
Ne puis-je donc rien pour ma reine ? Voyons... Ces
ferrets étaient enfermés dans un coffret de bois de
rose ?
ANNE
Oui.
MADAME BONACIEUX
Ce coffret... M. de Buckingham ne l'a-t-il pas emporté
hier ?
ANNE
Silence! silence!
MADAME BONACIEUX
II faut le ravoir!
ANNE
Mais comment?
MADAME BONACIEUX
II faut envoyer quelqu'un au duc.
ANNE
Qui, mon Dieu, qui ?
MADAME BONACIEUX
Avez-vous confiance en moi, madame? Si vous me
faites cet honneur, ma reine... j'ai trouvé le messager!
Elles sortent
BOB, après la sortie des acteurs : Changeons de décor.
Nouvelle pancarte : “Chez d’Artagnan”.
ANY : La scène suivante se déroule devant la maison où habite d’Artagnan.
LÉA : Il faut savoir que d’Artagnan est le locataire d’un riche épicier-mercier, M. Bonacieux.
BOB : Et notre galant mousquetaire a déjà essayé de faire un brin de cour à son épouse, Mme Bonacieux, suivante de la reine .
Acte III . Huitième tableau - SCÈNE IV
MADAME BONACIEUX - D'ARTAGNAN
MADAME BONACIEUX
Monsieur d'Artagnan... ah! quel bonheur de vous rencontrer.
D'ARTAGNAN
Me voici, madame.
MADAME BONACIEUX
Vous m'avez offert vos services
D'ARTAGNAN
Et je vous les offre encore.
MADAME BONACIEUX
Tant mieux! car j'ai répondu de vous.
D'ARTAGNAN
A qui?
MADAME BONACIEUX
A la reine!
D'ARTAGNAN
Et vous avez bien fait... je suis à ses ordres et surtout aux vôtres.
MADAME BONACIEUX
Monsieur, je vous connais à peine, mais j'ai toute confiance en vous... pourquoi ? je n'en sais rien.
D’ARTAGNAN
Je le sais, moi... C'est parce que je vous aime.
MADAME BONACIEUX
Vous me le dites... Écoutez-moi : je jure devant Dieu que, si vous me trahissez et que mes ennemis m'épargnent, ce dont je doute, je jure que je me tuerai en vous accusant de ma mort.
D’ARTAGNAN
Et moi, devant Dieu, je jure aussi, madame, que, si je suis pris en accomplissant les ordres que vous me donnerez, je mourrai avant de rien faire ou dire qui compromette quelqu'un que je respecte ou quelqu'un que j'aime.
MADAME BONACIEUX
Eh bien, il s'agit de partir à l'instant, sans perdre une seconde...
D’ARTAGNAN
Pour quel pays?
MADAME BONACIEUX
Pour Londres, et de remettre cette lettre...
D'ARTAGNAN
A qui?
MADAME BONACIEUX
Au duc de Buckingham.
D'ARTAGNAN
Mais il me faut un congé de M. de Tréville ?
MADAME BONACIEUX
Je suis passée chez lui... Dans un quart d'heure, le congé sera ici.
D'ARTAGNAN
Je pars!... mais, à mon retour?...
MADAME BONACIEUX
A votre retour?
D'ARTAGNAN
Que fera madame Bonacieux pour l'homme qui risque sa vie pour elle ?
MADAME BONACIEUX, tendant l’oreille.
Silence!
D'ARTAGNAN
Quoi ?
MADAME BONACIEUX
La voix de mon mari!...
D'ARTAGNAN
Soyez tranquille, mon valet Planchet défend la porte... Que fera-t-elle ? Dites.
MADAME BONACIEUX
Je n'en sais rien... mais venez toujours la rejoindre où elle sera, et nous verrons.
D'ARTAGNAN
Mais où sera-t-elle ?
MADAME BONACIEUX
Vous le demanderez à la reine, et la reine vous le dira; ce sera votre récompense. (Ils sortent.)
LÉA : Onzième tableau. Nous sommes dans une salle de l'hôtel de ville de Paris.
(Pancarte : “Hôtel de Ville”.)
ANY : Les échevins y donnent un bal au roi .
BOB : Le roi, justement, le voici, accompagné de son premier ministre, le cardinal de Richelieu.
Ils entrent en conversant.
BOB : Mais où est la reine? La reine est en retard.
Acte IV - (Onzième tableau - Fin de la SCÈNE III)
LE CARDINAL
Sa Majesté la reine va-t-elle mieux, sire ?
LE ROI
La reine est toujours malade quand on la croit en bonne santé, en bonne santé quand on la croit malade.
LE CARDINAL
Mais Sa Majesté vient au bal ?
LE ROI
J'y compte bien.
LE CARDINAL, à part.
Elle ne viendra pas.
(Bruit, acclamations.)
LE ROI
Ce doit être la reine.
UN HUISSIER
La reine!
(Mouvement.)
SCÈNE IV
Les mêmes, ANNE D'AUTRICHE.
ANNE
Bonjour, messieurs. (Elle regarde autour d'elle.) Rien ! rien ! personne... Plus d'espoir!... (Elle cherche des yeux d’Artagnan et voit le cardinal.) Le cardinal !
LE ROI
Madame, je me suis excusé par le travail, moi; mais vous, quelle excuse aurez-vous d'avoir tardé ?
LE CARDINAl
Madame! (Il salue; à part.) Elle n'a pas les ferrets! (Haut.) Madame peut donner une excuse bien naturelle : sa beauté, le soin de sa toilette, le temps qu'il a fallu pour lacer les manches avec ces ferrets.
ANNE, à part
Implacable comme l'enfer !
LE ROI
Mais non... ils n'y sont pas! Madame, pourquoi donc, s'il vous plaît, n'avez-vous point vos ferrets de diamants, quand vous saviez qu'il m'eût été agréable de vous les voir?
ANNE
Sire...
LE ROI
C'est moi qui vous ai fait ce cadeau, madame; je comptais vous en voir parée... Vous avez tort.
LE CARDINAL
On peut les envoyer chercher; où sont-ils ?
LE ROI
Oui, où sont-ils ?
ANNE
Mais au Louvre. (A part.) Un peu de temps, un peu de temps, mon Dieu ! (Haut.) Votre Majesté veut-elle... ?
LE ROI
Oui, je le veux! car le ballet va commencer aussitôt que les danseurs seront habillés, aussitôt que vous serez prête vous-même.
LE CARDINAL, à part
D'ici à ce temps-là, elle prétextera un malaise, un évanouissement.
LE ROI.
Envoyez-vous (sous entendu : quelqu'un) au Louvre , madame ?
ANNE.
Je vais envoyer; oui, sire.
LE CARDINAL
Et moi aussi.
(Il salue et sort.)
Le roi sort à son tour.
Estefana entre et s'empresse auprès de la reine restée seule .
ANY : La reine est désespérée.
LÉA :Estefana, sa suivante, s'efforce de la réconforter, mais sans y parvenir...
ANY : Elle est désespérée parce que son ennemi, le cardinal de Richelieu, va dire au roi qu'il sait où sont les ferrets... Ils sont en Angleterre !
BOB : C'est alors que d'Artagnan, qui a crevé autant de chevaux au retour qu'à l'aller, arrive à l'hôtel de ville.
LÉA : Il a couru mille dangers, vécu des moments tragiques, mais il est là, juste à temps.
Il entre en scène en courant et trébuche en s'inclinant pour saluer.
SCÈNE VIII
ANNE, D’ARTAGNAN, ESTEFANA
ANNE
Eh bien?
D'ARTAGNAN
Voici le coffret, madame.
ANNE
Ah! je suis sauvée!... mes ferrets !... Merci merci !... Un poignard !... Ciel! il y a du sang sur ce poignard.
Les récitants profitent du saisissement de la reine pour expliquer :
BOB : Buckingham a été assassiné à l’instigation d’une complice de Richelieu, une femme redoutable, Milady.
LÉA : Le duc a remis à d’Artagnan le poignard qui l’a mortellement frappé...
ANY : ... en même temps que le coffret contenant les diamants .
D'ARTAGNAN
Le sang de Georges Villiers, duc de Buckingham, qui m'a chargé de vous dire, en mourant...
ANNE
Il est mort ?
D'ARTAGNAN
En prononçant le nom de Votre Majesté.
ANNE
Georges ! que c'est cher, l'amour d'une reine !
UN HUISSIER, dans la coulisse.
Le roi!...
ANNE
Les ferrets... vite !... ( Elle épingle les ferrets sur son épaule gauche.) Estefana, gardez-moi ce coffre!
SCÈNE IX
Les mêmes, LE ROI, LE CARDINAL, TRÉVILLE, ROCHEFORT.
Tréville accompagne le roi, Rochefort le cardinal
LE ROI
Eh bien, madame, est-on revenu du Louvre ?
LE CARDINAL
On n'y a même pas été.
LE ROI
Vous êtes prête, madame ?
ANNE
Aux ordres de Votre Majesté.
LE CARDINAL, stupéfait.
Les ferrets !
LE ROI
Ah! vous avez les ferrets ? (Il touche les ferrets du bout du doigt .) Merci . Que vouliez-vous donc me dire, monsieur le cardinal, au sujet de ces ferrets ?
LE CARDINAL
Rien, sire, rien. (A part.) Comment lui sont-ils revenus ?
ROCHEFORT
Regardez la poussière qui couvre les habits de ce garde... (Montrant d’Artagnan, “garde” du roi ) derrière moi, monseigneur.
LE CARDINAL
Ah! c'est bien... Venez.
LE ROI, à Tréville.
Le cardinal est tout pâle; savez-vous pourquoi?
TRÉVILLE
Je crois que oui, sire; c'est une espièglerie de la reine. Votre Majesté veut-elle le savoir?
LE ROI
Ah! dites!
Ils conversent à part .
ANNE, à d'Artagnan.
Comment remercier mon sauveur... mon héros, mon ami ?
D'ARTAGNAN
D'un seul mot, madame : Constance Bonacieux a disparu, où est Constance ?
ANNE
Pour la soustraire à la vengeance du cardinal, je l'ai envoyée aux Carmélites de Béthune.
D'ARTAGNAN
Merci, je suis payé.
ANNE
Ah! pas encore.
LE ROI, à Tréville.
De sorte que le cardinal a été attrapé et qu'il enrage? C'est fort réjouissant. (A la Reine.) J'espère que vous me pardonnerez la plaisanterie des ferrets, n'est-ce pas ?
ANNE, à part.
La plaisanterie ! (Haut.) Oui, sire.
LE ROI
Venez-vous, madame ? Le ballet commence, l'air en est joyeux.
ANNE, appuyant la main sur son coeur.
Très joyeux, oui, sire.
(Elle étouffe un sanglot et tend la main au Roi.)
D'ARTAGNAN
Le mort est plus heureux.
BOB : Ainsi s’achève, avec la scène IX de l’acte IV,
LÉA : ...l’extrait que nous avons intitulé :
ANY : Les diamants de la reine .
* * * * * * * * * * * * * * * * * * * * * * *
Et maintenant, une adaptation plus complète
de la pièce d'Alexandre Dumas :
LA JEUNESSE DES MOUSQUETAIRES
Revoir les premières pages du texte " Les Mousquetaires de Dumas"
Les récitants
Any Bob Léa

ANY : C'est un drame en cinq actes, en douze tableaux, avec prologue et épilogue.
LEA : Dans le prologue, nous faisons connaissance avec deux personnages que nous retrouverons plus tard sous d'autres noms.
BOB : Les voidci : Charlotte Backson et le vicomte de la Fere. (Ils entrent en conversant.)
ANY : La Jeune fille raconte son enfance au vicomte.
LEA : Elle vient de lui présenter des papiers prouvant qu'elle est la fille de William Backson, gentilhomme du pays de Galles...
PROLOGUE - SCÈNE III
CHARLOTTE, LE VICOMTE
CHARLOTTE - J'avais perdu depuis longtemps mon père et ma mère...
LE VICOMTE - Oui... votre père en 1612... votre mère en 1615... Pauvre enfant!
(Il lui remet les papiers.)
CHARLOTTE - Maintenant, vous savez tout, monsieur...
LE VICOMTE - Donc, vous êtes seule, Charlotte?...
CHARLOTTE - Seule au monde!...
LE VICOMTE - Personne, n'a de droits sur vous ?
CHARLOTTE - Personne!...
LE VICOMTE - Votre coeur est libre ?...
CHARLOTTE - Je croyais vous avoir dit que je vous aimais!...
LE VICOMTE - Me le répéteriez-vous hardiment, franchement, loyalement ?
CHARLOTTE - Monsieur ie vicomte, je vous aime...
LE ViCOMTE - Charlotte Backson, voulez-vous être ma femme?...
CHARLOTTE - Que dites-vous?...
LE VICOMTE - Une chose bien simple, Charlotte, puisque je vous aime et que vous m'aimez...
CHARLOTTE - Mais votre père?...
LE VICOMTE -Écoutez, Charlotte, voilà où est le sacrifice; et je vous le demanderai avec confiance : un mariage public qui ne serait pas selon ses désirs troublerait les derniers jours de mon père... Vous n'exigerez pas cela de moi, n'est-ce pas?... vous accepterez un mariage secret?...
CHARLOTTE - Je suis votre servante, monsieur le vicomte.
LE VICOMTE - Le jour où je m'appellerai à mon tour ie comte de ia Fère, vous serez mon honorée comtesse!... Vous savez que mon père est vieux, maiade, souffrant; vous n'aurez pas longtemps à attendre, Charlotte!..
Charlotte et le Vicomte sortent.
Les récitants occupent le devant de la scène.
LEA : Le mariage aura lieu.
ANY : Mais le vicomte va épouser une aventurière.
LEA : Bien qu'elle soit très jeune, elle a un lourd passé...
BOB : Elle est marquée de ce signe infamant et ineffaçable que le bourreau appliquait avec un fer brûlant sur l'épaule d'un condamné.
LÉA : Après le prologue, voici le premier acte de la pièce
ANY : Pour le premier tableau de l'acte un, nous sommes a Paris.
BOB : A Paris, mais loin du centre de la ville, dans un pré aride, au pied des murs sans fenêtres du convent des Carmes déchaux.
Un accessoiriste installe une pancarte :
Pré du convent
des Carmes déchaux.
Les récitants s'écartent.
D'Artagnan entre en scène, salue et se campe fièrement près des récitants, côté jardin (à la gauche des spectateurs).
ANY : Ce jeune homme est Gascon. Il se nomme d'Artagnan. Il vient d'arriver a Paris, où il a rencontré M. de Tréville, le capitaine des mousquetaires du roi. Il souhaite devenir mousquetaire...
BOB : Hélas!... sa carrière risque d'être de courte durée, car il a imprudemment contrarié trois valeureux mousquetaires que voici...
Ils entrent et prennent place côté cour (à la droite des spectateurs).
LEA : M. Athos qui, bien que blessé, tirera l'épée contre d'Artagnan à midl. (Athos salue, en grimaçant et en portant la main à l'épaule dont il souffre.)
ANY : M. Porthos, qui se battra à une heure. (Porthos salue.)
BOB : M. Aramis, à deux heures... (Aramis salue.)
LEA : Porthos et Aramis arrivent en avance pour servir de seconds à Athos .
Deuxième tableau, Scène II
ATHOS, PORTHOS, ARAMIS, D'ARTAGNAN
D'ARTAGNAN - Un moment, messieurs; à présent que vous êtes réunis, permettez-moi de vous faire mes excuses...
TOUS, moqueurs, croyant qu'il a peur - Oh!oh!
D'ARTAGNAN - Vous ne me comprenez pas... je m'excuse d'une seule chose, c'est de ne pouvoir vous payer ma dette à tous trois . En effet, M. Athos a le droit de me tuer le premier; ce qui ôte beaucoup de valeur à votre créance, monsieur Porthos, et rend la votre à peu près nulle, monsieur Aramis . Voilà de quoi je m'excusais, rien que de cela . Maintenant, messieurs, quand vous voudrez !...
ATHOS - A la bonne heure!
D'ARTAGNAN - J'y crèverai !... mais, les cent mousquetaires y fussent-ils ensemble, je ne romprai pas d'une semelle.
(Ils dégainent.)
ATHOS - Vous avez pris la mauvaise place; vous avez Ie soleil dans les yeux.
D'ARTAGNAN - Bah! je le connais... Je suis du Midi.
Ils engagent le fer.
Après quelques passes d'armes, les récitants reprennent la parole.
ANY : Attention, messieurs, attention! Un édit royal interdit les duels!
Les duellistes s'immobilisent.
LEA : Or, voici venir les gardes du cardinal de Richelieu, chargés de faire respecter la loi.
BOB : Les gardes et les mousquetaires ne s'aiment guère... Ils sont rivaux... (Les mousquetaires se regroupent côté jardin, à la gauche des spectateurs. Les gardes entrent et prennent place côté cour.) On peut même dire que les gardes sont les ennemis traditionnels des mousquetaires.
ANY :Voici Jussac, le chef des gardes, (il salue), Biscarat (il salue), Cahusac (il salue), un autre garde... (il salue) .
LEA: Et M. de Winter (Il salue).
Scène III
Les mêmes, JUSSAC, BISCARAT, DE WINTER,
CAHUSAC, GARDE
JUSSAC - Oh! oh! mousquetaires! on se bat donc par ici? Et les édits, qu'en faisons-nous ?...
ATHOS - Jussac !...
PORTHOS - Les gens du cardinal !...
ARAMIS - L'épée au fourreau!...
JUSSAC - II est trop tard !
ATHOS - Eh! messieurs, de quoi vous mêlez-vous?... Si nous vous voyions vous battre, vous tuer, je vous réponds que nous ne vous en empêcherions pas...
JUSSAC - Encore des provocations!... Nous sommes en service, messieurs, rengainez, mille diables! et suivez-nous!...
ARAMIS - Impossible d'obéir a votre gracieuse invitation... M. de Tréville nous l'a défendu...
JUSSAC - C'est comme cela?...
ATHOS - Mais oui! c'est comme cela...
JUSSAC - Eh bien, si vous n'obéissez pas...
ATHOS - Quoi ?
JUSSAC - Vous allez voir! (A ses hommes.) Attention, vous autres! (A M. de Winter.) Monsieur de Winter, vous n'êtes pas à M. le cardinal, vous... vous êtes Anglais. Si vous voulez vous abstenir...
DE WINTER - Non, messieurs, je ne suis pas à M. le cardinal; mais ma sœur, lady de Winter, est des amies de Son Éminence... Je suis Anglais, c'est vrai, mais raison de plus pour que je montre à des Francais qu'on se bat bien en Angleterre comme en France, et, comme ma promenade m'a conduit ici, ce que vous y ferez, je le ferai.
ATHOS, à ses amis. - Ils sont cinq, nous sommes trois, nous serons battus et il nous faudra mourir ici. ça, je vous déclare que je ne reparais pas vaincu devant le capitaine...
PORTHOS - Ni moi !...
ARAMIS - Ni moi !...
D'ARTAGNAN, dans un coin - Voici le moment de prendre son parti; si je ne me trompe, c'est là un de ces événements qui décident de la vie d'un homme... Il s'agit de choisir entre le roi et le cardinal... C'est un triste ami que le roi, c'est un rude ennemi que le cardinal... Ah! bah! j'ai Ie cœur mousquetaire... tant pis!... Pardon, messieurs...
ATHOS - Quoi ?...
D'ARTAGNAN - Vous venez de vous tromper, tout à l'heure, en disant que vous n'étiez que trois...
ARAMIS - Mais non...
PORTHOS - Nous sommes trois...
JUSSAC - Diantre! est-ce qu'ils prennent du renfort? Allons, vous autres ! L'épée à la main sur une ligne... Vous, beau Gascon, déguerpissez !... Nous vous donnons la clef des champs... Sauvez votre peau !
BISCARAT - Vous ferez sagement, car il va pleuvoir des coups d'épée..
D'ARTAGNAN - Eh bien, il en pleuvra pour tout le monde : je reste...
ATHOS - Vous vous mettez avec nous contre eux ?... vous, notre ennemi ? C'est beau ?... mais...
D'ARTAGNAN- Oui... je vois, vous vous demandez si je vaux mon homme. Essayez, essayez toujours; j'en ferai bien assez pour me faire tuer proprement.
ATHOS - Allons, vous êtes un joli garcon... Comment vous appelle-t-on ?
D'ARTAGNAN - D'Artagnan .
ATHOS -Eh bien, Athos, Porthos, Aramis et d'Artagnan, en avant !
JUSSAC - Ah! c'est cela que vous décidez? Eh bien, nous autres, en avant, en avant
TOUS - En avant!
(Combat général)
D'ARTAGNAN, après avoir engagé le fer avec Jussac, à de Winter - Si vous voulez, il y a place pour tout le monde.
DE WINTER - Non... Je remplacerai le premier qui sera blessé.
PORTHOS, à Cahusac - Est-ce que je n'entends pas sonner midi et demi, monsieur de Cahusac ?
CAHUSAC - Fanfaron!
PORTHOS - Vous avez la une jolie lame, mon cher!
ARAMIS, à Biscarat - Biscarat, je vous devais celle-la. (Il le tue.) A un autre.
JUSSAC - C'est un jeu de province que vous avez là.
D'ARTAGNAN - Un jeu de Gascon, oui, monsieur. (ll le blesse.)
ATHOS, à Aramis - Il va bien, le d'Artagnan !
ARAMIS - Et, vous, Athos ?
ATHOS - Moi... moi... je souffre ! mais je m'échauffe.
D'ARTAGNAN - Attendez-moi un peu.
JUSSAC - Il est charmant, lui...
D'ARTAGNAN - N'est-ce pas ?... Allez! (Il renverse Jussac.) C'est une botte de M. d'Artagnan père...Monsieur de Winter, je suis à vos ordres.
ATHOS - Laissez-moi celui-la, c'est celui qui m'a blessé hier.(II désarme un des Gardes.)
PORTHOS, touchant son homme - Trois à quatre .
ATHOS, au Garde qu'il vient de désarmer - Rendez-vous!
D'ARTAGNAN, à de Winter - Je vous tue.
DE WINTER - Tuez!
D'ARTAGNAN - Ma foi, non... Vous me faites l'effet d'un brave Anglais, vous vivrez.
DE WINTER - Merci ! Votre nom, monsieur? votre adresse?
D'ARTAGNAN - Si c'est pour recommencer, je suis là, recommençons tout de suite.
DE WINTER - Non, monsieur, c'est pour vous remercier - c'est pour présenter à ma soeur un galant homme à qui je dois la vie ; ainsi, votre nom, votre adresse ?
D'ARTAGNAN - M. le chevalier d'Artagnan, rue des Fossoyeurs,
DE WINTER - Monsieur, recevez tous mes compliments. Au revoir.
PORTHOS , à Athos - Ah! ah! voilà une revanche!
D'ARTAGNAN, voyant que les Mousquetaires partent sans lui. - Et moi?
ATHOS - Vous ?... toi? Embrasse-moi, et ne me fais pas mal à l'épaule.
(Aramis et Porthos embrassent aussi d'Artagnan.)
D'ARTAGNAN - Nous sommes donc amis ?
ATHOS - A la vie ! à la mort !
TOUS - A la vie! à la mort!
ATHOS - Seulement, te voilà brouillé avec M. Ie cardinal.
D'ARTAGNAN - Ah? bah! si je suis recu apprenti mousquetaire, M. le cardinal n'est pas mon oncle.
(Ils sortent)
LEA: Le lendemain, au jeu de paume, Bernajoux, un garde du cardinal, cherche querelle à d'Artagnan en disant qu'il a eu peur d'une balle .
ANY : Il n'en faut pas davantage pour que le jeune Gascon le provoque en duel.
BOB : Un duel dont il sortira vainqueur .
ANY : A la suite de ces événements, Athos, Porthos, Aramis et d'Artagnan sont recus par M. de Tréville.
BOB : Le capitaine des mousquetaires les félicite et leur annonce que le roi souhaite les rencontrer.
LEA : Le roi Louis Xlll les recoit au Louvre . Il fait semblant de les gronder...
ANY : ... parce qu'ils n'ont pas respecté l'édit qui interdit les duels...
BOB : ... mais au fond, il est content d'eux, et comme il les aime bien ...
LEA : ... il leur donne quarante pistoles et fait de d'Artagnan un apprenti mousquetaire.
ANY, BOB, LEA, ensemble : Et c'est ainsi que les trois mousquetaires devinrent quatre .
Les duellistes cèdent la place aux récitants.
ANY : Il lui a raconté la bataille entre les gardes et les mousquetaires.
BOB : En vérité, Milady est la belle-soeur, et non la soeur, de M. de Winter, et c'est sans plaisir qu'elle apprend que d'Artagnan lui a laissé la vie.
ANY : Elle aurait préféré que d'Artagnan tue M. de Winter, car elle aurait hérité de sa fortune.
BOB : Voici cette dame, voici Milady.
Elle entre en scène, une main sur les yeux, songeuse.
LÉA : A quoi pense -t-elle?
ANY : Elle doit penser au projet que lui a soumis M. de Rochefort ...
BOB : Rochefort et Milady ont mis au point un plan pour un enlèvement...
LÉA : Un enlèvement ?
BOB : Oui, l’enlèvement d'un illustre duc anglais, lord Buckingham.
ANY : Chut!... Voici Ketty, la soubrette.
Ketty apporte une chaise, sur laquelle Milady s'installe.
Puis Ketty se retire.
ANY : Milady a d'autres sujets de préoccupation. Son beau-frère de Winter lui a présenté d'Artagnan.
BOB : Et Milady a proposé à d’Artagnan d’entrer au service du cardinal...
D’Artagnan entre en scène . Milady, songeuse, ne bouge pas.
LÉA : Le bouillant jeune homme a refusé .
ANY : Oui, mais il a profité de l’entrevue pour dire à la belle Milady qu’il était amoureux d’elle .
BOB : Voici la fin de la scène où il fait cet aveu, et les deux scènes suivantes.
Troisième tableau, Scène V
MILADY, D’ARTAGNAN
D’ARTAGNAN - Vous ne répondez pas, madame ?
MILADY - En vérité, monsieur, que vous répondrai-je ? vous me faites une déclaration à brûle-pourpoint... L'attaque est vive.
D'ARTAGNAN - Une déclaration?... Eh bien, madame, défendez-vous.
MILADY - Vous êtes trop dangereux, chevalier... (A part.) Il vient de me faire perdre cent mille livres de rente, et il me fait la cour... Oh! je le surveillerai... (Haut.) Monsieur d'Artagnan, une garnison si vigoureusement sommée de se rendre (comprendre : une femme à qui l'on fait la cour de cette façon) n'a qu'une ressource.
D'ARTAGNAN - Laquelle ?
MILADY - Celle de faire une sortie.
D'ARTAGNAN - Oh! madame! vous me quittez ? vous m'en voulez ?
MILADY - Je ne vous en veux pas, mais je m'enferme. Adieu, monsieur le chevalier.
D'ARTAGNAN, seul - Eh bien, j'espère que voilà une arrivée à Paris qui promet ! Là-bas, victoire l'épée à la main; ici, il me semble que, pour une première entrevue, j'ai poussé l'affaire assez vigoureusement; et j'ai bien vu dans les yeux de Milady qu'il était temps pour elle de commencer la retraite... Elle s'est enfermée... Ce n'est pas votre porte qui m'empêcherait d'entrer, madame ; mais lord de Winter pourrait revenir ; mes amis m'attendent à la Pomme de pin pour fêter notre victoire, je ne dois pas, je ne veux pas les faire attendre.
D'ARTAGNAN, KETTY.
Ketty est entrée doucement sur les derniers mots de d'Artagnan.
Elle pousse un soupir.
KETTY - Oh!
D'ARTAGNAN - Qu'y a-t-il ? (Il se retourne.)
KETTY - Ah ! quel dommage !
D'ARTAGNAN - Comment, quel dommage?
KETTY - Un si joli garçon!
D'ARTAGNAN - Eh bien?
KETTY - Une si bonne figure!
D'ARTAGNAN - C'est moi que tu plains ainsi, ma belle enfant?
KETTY - Oui.
D'ARTAGNAN - Pourquoi me plains-tu?
KETTY - Je veux dire que vous mériteriez...
D'ARTAGNAN - Mais parle donc!... parle donc!...
KETTY - Non! non! laissez-moi!
D’ARTAGNAN - Je veux que tu t'expliques, je veux que tu me dises pourquoi tu me plains, et ce que je mériterais...
KETTY - Si Milady m'entendait, mon Dieu!... Ah! laissez-moi!
D’ARTAGNAN - Tu as peur de Milady?
D'ARTAGNAN - Elle est méchante, n'est-ce pas?
KETTY - Taisez-vous!... taisez-vous!...
D’ARTAGNAN - Je ne te quitterai pas que tu ne m'aies dit...
KETTY - Jamais!
D'ARTAGNAN - Oh! c'est mal.
KETTY - Oui, ce serait mal de vous laisser ainsi vous perdre!
D’ARTAGNAN - Me perdre?
KETTY - Assez! assez! j'en ai trop dit. Adieu, monsieur le chevalier.
D'ARTAGNAN - Voyons, un seul mot .
KETTY - Eh bien, eh bien, tâchez de ne plus aimer ma maîtresse.
D’ARTAGNAN, la retenant. - Mais pourquoi ?
D'ARTAGNAN - Elle ne m'aimera pas ?
(Il prend la lettre.)
KettY. - Ah! mon Dieu! rendez-moi cette lettre! rendez-la-moi!
D'ARTAGNAN - Adieu, Ketty!
KETTY - Ma lettre!
D'ARTAGNAN - Si tu la veux, viens la chercher chez moi !
KETTY - Où cela?
D’ARTAGNAN - Rue des Fossoyeurs, chez M. Bonacieux, épicier-mercier.
“Chez d’Artagnan”.
BOB : Acte II . Nous sommes chez d'Artagnan.
ANY : Le jeune homme reçoit la visite de M. Bonacieux, le riche épicier-mercier qui lui loue un appartement au-dessus de chez lui..
LÉA : D'Artagnan croit que M. Bonacieux vient lui réclamer son loyer, mais non...
BOB : Il lui parle de Mme Bonacieux, qui est lingère chez la reine... (Ils entrent, s'asseyent.) Écoutons-les.
D'ARTAGNAN - Eh bien, monsieur?
BONACIEUX - Eh bien, ma femme a été enlevée hier comme elle sortait de sa chambre de travail.
D'ARTAGNAN - Ah ! votre femme a été enlevée ! et par qui ?
BONACIEUX - Je ne pourrais le dire sûrement, monsieur; mais, en tout cas, je suis convaincu qu'il y a dans cet enlèvement moins d'amour que de politique.
D’ARTAGNAN - Moins d'amour que de politique... Mais que soupçonnez-vous ?
BONACIEUX - Je ne sais pas si je dois vous dire ce que je soupçonne.
D'ARTAGNAN - Monsieur, je vous ferai observer que je ne vous demande absolument rien, moi; c'est vous qui êtes venu, c'est vous qui m'avez dit que vous aviez un secret à me confier; faites donc à votre guise. (Se levant.) Il est temps encore de vous retirer.
BONACIEUX - Non, monsieur, j'aurai confiance en vous... Je crois donc que ce n'est pas à cause de ses amours que ma femme a été arrêtée.
D’ARTAGNAN - Tant mieux pour vous.
BONACIEUX - Mais à cause d'une plus grande dame qu'elle.
D'ARTAGNAN - Ah bah! serait-ce à cause des amours de mademoiselle de Combalet ?
BONACIEUX - Plus haut, monsieur, plus haut.
D'ARTAGNAN - De madame de Chevreuse ?
BONACIEUX - Plus haut, monsieur, beaucoup plus haut.
D’ARTAGNAN, se rasseyant. - De la... ?
BONACIEUX - Oui, monsieur.
D'ARTAGNAN - Et avec qui ?
BONACIEUX - Avec qui, si ce n'est avec le duc de... ?
D'ARTAGNAN - Avec le duc de... ?
BONACIEUX - Justement.
D'ARTAGNAN - Mais comment savez-vous cela, vous ?
BONACIEUX - Ah! comment je le sais, voilà...
D'ARTAGNAN - Pas de demi-confidence (se levant), ou, vous comprenez...
BONACIEUX - Je le sais par ma femme, monsieur, par ma femme elle-même.
D'ARTAGNAN - Comment cela?
BONACIEUX - Ma femme est venue, il y a quatre jours; elle m'a confié que la reine, en ce moment-ci, avait de grandes craintes, attendu que la reine croit...
D'ARTAGNAN - Qu'est-ce qu'elle croit... ?
BONACIEUX - Elle croit que l'on a écrit à M. de Buckingham en son nom.
D'ARTAGNAN - Bah!
BONACIEUX - Oui, pour le faire venir à Paris, et, une fois venu à Paris, pour l'attirer dans quelque piège.
D'ARTAGNAN - Mais votre femme, qu'a-t-elle à faire dans tout cela?
BONACIEUX - On connaît son dévouement pour la reine et l'on veut l'éloigner de sa maîtresse, ou avoir les secrets de Sa Majesté, ou la séduire pour se servir d'elle comme d'un espion.
BONACIEUX - Je ne sais pas son nom; mais ma femme me l'a montré un jour, c'est un seigneur de haute mine, dents blanches, une cicatrice à la tempe.
D’ARTAGNAN - Mais c'est mon homme!
BONACIEUX - Votre homme?
D'ARTAGNAN - Oui, probablement, et si c’est mon homme à moi, je ferai d'un coup deux vengeances; mais ou rejoindre cet homme?
BONACIEUX - Je n'en sais rien.
BOB : Cet homme, que d'Artagnan a reconnu à son signalement, est un gentilhomme avec lequel il s'est pris de querelle, à Meung-sur-Loire, alors qu'il venait à Paris.
LÉA : Les circonstances ne lui ont pas permis de le provoquer en duel, ni même d'apprendre son nom...
ANY : De fait, cet homme c’est M. de Rochefort, qui complote avec Milady, pour le compte du cardinal.
BOB, les désignant du doigt : Ces messieurs sont tombés d'accord . D'Artagnan et ses amis aideront l'épicier à retrouver sa femme.
ANY : Pour prix de leur peine, M. Bonacieux leur donnera cinquante pistoles et autant de bon vin qu'ils en voudront...
LÉA : Ce qui tombe bien, car les mousquetaires, qui ne veulent se priver de rien, sont très souvent désargentés.
ANY : Peu après cette scène, les hommes du cardinal de Richelieu arrêtent Bonacieux et l'emmènent .
LÉA : Puis ils s'embusquent chez lui.
BOB : Mme Bonacieux, qui a échappé à ses ravisseurs, se laisse prendre dans cette souricière.
LÉA : Mais d'Artagnan la délivre et met en fuite les agents du cardinal ..
ANY : Cette femme, qui accompagne d'Artagnan, c'est Mme Bonacieux, la confidente de la reine. Elle a un service à demander au mousquetaire.
BOB : L'autre personnage se nomme Planchet. C'est le valet de d'Artagnan.

Mme BONACIEUX, D’ARTAGNAN, PLANCHET
MADAME BONACIEUX - Monsieur d'Artagnan, il n'y a pas un instant à perdre.
D'ARTAGNAN - Ordonnez!
MADAME BONACIEUX - Dites à votre laquais d'explorer les environs.
D'ARTAGNAN - Planchet, tu entends?
PLANCHET - Je cours, monsieur.
MADAME BONACIEUX - Vous allez m'accompagner.
D'ARTAGNAN - Où cela?
MADAME BONACIEUX - A l'endroit où il se cache. Mon Dieu! mon Dieu! pourvu que nous arrivions à temps.
D'ARTAGNAN - Hâtons-nous.
PLANCHET, à la porte du fond. - On n'entre pas... Quand on vous dit qu'on n'entre pas.
Les mêmes, UN HOMME enveloppé dans un manteau.
PLANCHET - Monsieur ! monsieur ! à l'aide!
D'ARTAGNAN - Ah! en voilà un qui va payer pour tous.
L'HOMME - Oses-tu bien, drôle'?...
D'ARTAGNAN, tirant son épée . - On vous dit qu'on n'entre pas, monsieur.
L'HOMME - Et j'ai répondu que j'entrais.
D'ARTAGNAN - Qui êtes-vous ?
L'HOMME - Qui êtes-vous, vous-même ?
D'ARTAGNAN - Oh ! mordious! vous allez le savoir. !
L'HOMME - Vous le voulez donc ?
MADAME BONACIEUX - Milord, duc de Buckingham. (A d'Artagnan.) Et maintenant, vous pouvez nous perdre tous.
D’ARTAGNAN - Vous, milord, ici ?... (A madame Bonacieux.) Comment se fait-il ?
MADAME BONACIEUX - Oh! je n'en sais rien, et il n'y a que milord qui puisse nous dire...
BUCKINGHAM - C'est bien simple...
BOB : Milady et son complice Rochefort ont envoyé le duc de Buckingham chez les Bonacieux, croyant qu'il serait pris dans la souricière.
LÉA : L'intervention de d'Artagnan, qui a délivré Mme Bonacieux et chassé les gardes, a fait échouer ce projet.
ANY, désignant les trois personnages : Sous la protection de d'Artagnan, Mme Bonacieux et Buckingham vont maintenant se rendre au Louvre. ( Ils sortent.)
Changement de pancarte : “Au Louvre”.
BOB : Imaginons un complet changement de décor... Nous sommes au Louvre, au coeur du palais, dans la chambre d'Anne d'Autriche. Voici la reine .
LÉA : Son majordome, nommé la Porte, la suit.
La chambre de la Reine, au Louvre.
SCENE PREMIERE
ANNE DAUTRICHE, LA PORTE
LA PORTE - Le duc ?
ANNE - Vous n'avez point de ses nouvelles ?
LA PORTE - Nous n'en pouvions avoir que par madame Bonacieux, et, du moment que le cardinal l'a fait enlever, nous retombons dans l'incertitude.
ANNE - La Porte !
ANNE - Il me semble que j'entends marcher dans le couloir secret; voyez qui ce peut être.
Les mêmes, MADAME BONACIEUX.
MADAME BONACIEUX, ouvrant la porte du couloir . - Silence!
ANNE - Ah! c'est toi, Constance!
MADAME BONACIEUX - Oui, madame... oui, Votre Majesté, c'est moi.
ANNE - Ils t'ont remise en liberté ?
MADAME BONACIEUX - Je me suis enfuie.
ANNE - Et tu es accourue ici '?
MADAME BONACIEUX - J'ai été où ma présence était nécessaire.
ANNE - Tu l'as vu ?
MADAME BONACIEUX - Votre Majesté...
ANNE -Réponds vite; tu l'as vu?... il ne lui est arrivé aucun accident ?
MADAME BONACIEUX - Il est là.
ANNE - Là!... qui ?...
MADAME BONACIEUX - Le duc.
ANNE - Le duc de Buckingham?
MADAME BONACIEUX - Lui-même.
ANNE - Au Louvre... chez le roi... près du cardinal!
MADAME BONACIEUX - Madame, il a dit que, puisqu'il était venu, il ne retournerait pas à Londres sans vous voir; qu'il savait que la lettre n'était pas de vous; qu'il savait avoir été attiré dans un piège; mais qu'il remerciait ses ennemis de lui avoir fait cette position.
ANNE - Quelle folie! Retourne où tu l'as laissé; prie, implore, ordonne en mon nom... (Le Duc paraît.) Dis-lui qu'il faut qu'il parte... que je ne le verrai pas... que je ne veux pas le voir... Au besoin, s'il le faut, je dirai tout au roi.
Les mêmes, BUCKINGHAM.
BUCKINGHAM - Oh! vous n'aurez pas ce courage, madame!
ANNE - Le duc !... La Porte, de ce côté ... Constance, dans ce couloir. (A Buckingham.) Oh! monsieur, monsieur, qu'avez-vous fait ?
(Les deux serviteurs se sont éloignés; la Reine et Buckingham restent seuls.)
ANNE D'AUTRICHE, BUCKINGHAM.
BUCKINGHAM, mettant un genou en terre . - Je suis venu m'agenouiller devant vous et vous dire : Georges de Villiers, duc de Buckingham, est toujours le plus humble et le plus obéissant de vos adorateurs.
ANNE - Duc, vous savez que ce n'est point moi qui vous ai fait écrire, n'est-ce pas?
BUCKINGHAM. - Oui, je sais que j'ai été un fou de croire que la neige s'animerait, que le marbre pourrait s'échauffer... Mais, que voulez-vous ! quand on aime, on croit facilement à l'amour; d'ailleurs, je n'ai pas tout perdu à ce voyage, puisque je vous vois.
ANNE - Vous oubliez, milord, qu'en me voyant, vous courez risque de la vie, et que vous me faites courir, à moi, risque de mon honneur; vous me voyez pour m'entendre vous dire que tout nous sépare, les profondeurs de la mer, l'inimitié des deux royaumes, la sainteté des serments : il est sacrilège de lutter contre tant de choses, milord; vous me voyez enfin pour m'entendre vous dire que nous ne pouvons plus nous revoir...
BUCKINGHAM - Parlez, madame! parlez, reine! la douceur de votre voix couvre la dureté de vos paroles.. . Vous parlez de sacrilège... mais le sacrilège est dans la séparation des cœurs que Dieu avait faits l'un pour l'autre.
ANNE - Milord, je ne vous ai jamais dit que je vous aimais.
BUCKINGHAM. - Mais vous ne m'avez jamais dit non plus que vous ne m'aimiez point.
ANNE: - Milord !
Les récitants reviennent sur le devant de la scène; Buckingham et la reine miment la suite de leur entretien.
LÉA : Le duc de Buckingham poursuit sa déclaration enflammée.
ANY : La reine n'est pas insensible à ses paroles.
BOB : Mais elle veut qu'il s'en aille car elle a peur pour lui, elle redoute qu'il ne mette sa vie en danger.
Les récitants s'effacent, Anne et Buckingham enchaînent... (fin de la scène IV).
ANNE - Partez, partez et revenez plus tard, revenez comme ambassadeur, revenez comme ministre, entouré de gardes qui vous défendront, de serviteurs qui veilleront sur vous... Et alors... alors, je ne craindrai plus pour vos jours, et j'aurai du bonheur à vous revoir.
BUCKINGHAM - Eh bien, (donnez-moi) un gage de votre indulgence, un objet qui me vienne de vous, et qui me rappelle que je n'ai point fait un rêve !... quelque chose que vous ayez porté et que je puisse porter à mon tour, une bague, un collier, une chaîne !
ANNE - Et partirez-vous, partirez-vous, si je vous donne ce que vous me demandez ?
BUCKINGHAM - Oui.
ANNE - A l'instant même ?
BUCKINGHAM - Oui.
ANNE - Vous quitterez la France ? vous retournerez en Angleterre ?
BUCKINGHAM - Oui, je vous le jure!... je vous le jure!
ANNE - Attendez, milord, attendez. (Elle s'élance hors de l'appartement; Buckingham l'attend, immobile, les bras tendus . Anne reparaît, tenant un coffre de bois de rose.) Tenez, milord, tenez, gardez ceci en mémoire de moi : ce sont les ferrets de diamants que je portais la première fois que vous m'avez vue, et que m'avait donnés le roi.
BUCKINGHAM, tombant à genoux - Est-ce bien vrai, madame ?
ANNE - Vous m'avez promis de partir.
BUCKINGHAM - Et je tiens ma parole ... Votre main, madame, votre main, et je pars! (Anne lui tend sa main, qu'il baise avec transport.) Avant trois mois, madame, je serai mort ou je vous aurai revue, dussé-je, pour en arriver là, dussé-je bouleverser le monde
BOB, après la sortie des acteurs : Changeons de décor.
LÉA : Et ce personnage qui entre en scène, c'est lui, c'est Richelieu.
BOB : Il est accompagné par l'un de ses espions les plus efficaces, M. de Rochefort, celui-là même que d'Artagnan rencontre si souvent sur sa route.
LE CARDINAL, ROCHEFORT
LE CARDINAL - La reine et le duc ?
ROCHEFORT - Oui.
LE CARDINAL - Où?
ROCHEFORT - Au Louvre.
LE CARDINAL - Qui vous l'a dit ?
ROCHEFORT - Madame de Lannoy.
LE CARDINAL - On peut compter sur elle ?
ROCHEFORT - Elle est toute à Votre Éminence.
LE CARDINAL - C'est bien; nous sommes battus... Tâchons de prendre notre revanche.
ROCHEFORT - Je vous y aiderai de toute mon âme, Monseigneur.
LE CARDINAL - Comment cela s'est-il passé ?
ROCHEFORT - A onze heures, la reine était avec ses femmes; elle est entrée dans son boudoir en disant: “Attendez-moi”.
LE CARDINAL - Et c'est dans le boudoir qu'il l'a vue ?
ROCHEFORT - Oui.
LE CARDINAL - Qui l'a introduit ?
ROCHEFORT - Madame Bonacieux.
LE CARDINAL - Combien de temps sont-ils restés ensemble ?
ROCHEFORT - Une demi-heure, à peu près.
LE CARDINAL - Après quoi, la reine est rentrée ?
ROCHEFORT - Pour prendre un coffret de bois de rose, et elle est ressortie aussitôt.
LE CARDINAL - Et, quand elle est rentrée, plus tard, a-t-elle rapporté le coffret ?
ROCHEFORT - Non.
LE CARDINAL - Madame de Lannoy sait-elle ce qu'il y avait dans le coffret ?
ROCHEFORT - Les ferrets de diamants que le roi a donnés à la reine.
LE CARDINAL - Alors elle les aurait remis au duc ?
ROCHEFORT - Elle les lui a remis.
LE CARDINAL - Vous en êtes sûr, Rochefort ?
ROCHEFORT - Parfaitement sûr.
LE CARDINAL - Bien, bien! tout n'est pas perdu peut-être, et peut-être même tout est-il pour le mieux...
LÉA : "Et peut-être même tout est-il pour le mieux" que veut dire le cardinal de Richelieu?
ANY : Il ne pense qu'à nuire à la reine...
LÉA : qu’il aime en secret pourtant, eh oui...
ANY :. Quelle machination va-t-il préparer ?
BOB : Eh bien, voilà... Le cardinal persuade Louis XIII d'exiger qu'Anne d'Autriche se pare de ses ferrets de diamants au prochain bal de la cour.
ANY : Le roi l’écoute . Le roi demande à la reine de porter ses ferrets .
LÉA : La reine se sent perdue...
BOB : Mme Bonacieux pourra-t-elle la sauver?
ANNE D’AUTRICHE et MADAME BONACIEUX entrent en scène en conversant avec animation.
MADAME BONACIEUX - Ne puis-je donc rien pour ma reine ? Voyons... Ces ferrets étaient enfermés dans un coffret de bois de rose?
ANNE - Oui.
MADAME BONACIEUX - Ce coffret... M. de Buckingham ne l'a-t-il pas emporté hier ?
ANNE - Silence! silence!
MADAME BONACIEUX - Il faut le ravoir!
ANNE - Mais comment?
MADAME BONACIEUX - Il faut envoyer quelqu'un au duc.
ANNE - Qui, mon Dieu, qui ?
MADAME BONACIEUX - Avez-vous confiance en moi, madame? Si vous me faites cet honneur, ma reine... j'ai trouvé le messager!
ANNE - Fais cela! et tu me sauves la vie, et tu me sauves l'honneur.
MADAME BONACIEUX - Mais le duc ne rendra pas ces ferrets sans un mot de votre main.
ANNE - Un mot de ma main? S'il est surpris, c'est pour moi le divorce, le couvent, l'exil!
MADAME BONACIEUX - Et pour moi, c'est la mort!
ANNE, court à la table, et elle écrit pendant que madame Bonacieux regarde aux portes. - Tiens!
MADAME BONACIEUX - Bien, madame!
ANNE - Mais ton messager, on l'arrêtera, on l'attaquera... Il n'arrivera jamais à temps.
MADAME BONACIEUX - Celui que j'enverrai, madame, quand on l'arrête, il passe! quand on l'attaque, il tue! Oh! vous verrez!... Adieu, madame, adieu!
BOB : Au début du troisième acte, nous sommes revenus dans la chambre de d'Artagnan . Athos y attend son ami.
D'Artagnan entre "tout bouleversé". Athos se lève.
ATHOS, PLANCHET, D’ARTAGNAN
ATHOS - Qu'est-il donc arrivé ?
D’ARTAGNAN - Ce qui est arrivé?... Planchet, fais la garde sur l'escalier et ne laisse entrer âme qui vive.
PLANCHET - Excepté les femmes.
D'ARTAGNAN - Les femmes moins que personne, mordious!
ATHOS - Ah! ah! il paraît que nos amours ont mal tourné ?
D'ARTAGNAN - Athos, ne riez pas... oh! non! de par le ciel, ne riez pas! car, sur mon âme, il n'y a pas de quoi rire!
ATHOS - En effet, vous êtes bien pâle... Seriez-vous blessé?
D’ARTAGNAN - Non, Dieu merci !
ATHOS - Mais qu'avez-vous donc ?
D'ARTAGNAN - J'ai... que j'ai eu peur...
ATHOS - Vous, d'Artagnan ?... D'Artagnan a eu peur! qu'est-il donc arrivé ?
D'ARTAGNAN - Un événement terrible, Athos!
ATHOS - Expliquez-vous... Qu'y a-t-il ?
D'ARTAGNAN - Il y a que Milady est marquée d'une fleur de lis à l'épaule.
ATHOS -Ah! Milady... marquée... Que dites-vous là'.?...
ANY : D'Artagnan a été victime de sa galanterie...
LÉA : De sa coquinerie, oui... Car il s'est fait passer pour M. de Vardes...
BOB : Ah, ah!... Oui, c'est vrai... Avec la complicité de Ketty, il s'est introduit dans l'appartement de Milady. Elle attendait M. de Vardes, son amant, et la chambre était sans lumière...
LÉA : Il est entré dans cette chambre...
ANY : Les affaires du jeune homme allaient à merveille lorsque Ketty, finalement jalouse, est apparue, une lumière à la main.
LÉA : Alors d'Artagnan a vu la marque infamante sur l'épaule de Milady.
ANY : Étrange nuit, mais ce n'est pas tout... (Montrant les mousquetaires.) Écoutons-les.
ATHOS - Attendez... Qu'avez-vous donc là, au doigt?
D'ARTAGNAN - Une bague qu'elle y a mise, croyant que j'étais de Vardes.
ATHOS - Cette bague?...
D'ARTAGNAN - Je ne l'ai pas même regardée.
ATHOS - Je la connais, moi... C'est celle que je lui ai donnée, le soir même de nos noces... D'Artagnan, c'est elle!...
BOB : La bague confirme le soupçon que le signe d'infamie sur l'épaule de Milady avait fait naître.
LÉA : Cette femme...
ANY : cette redoutable espionne, cette créature diabolique, c'est Charlotte Backson.
BOB : avant que le comte de La Fère devienne mousquetaire, sous le nom d'Athos, pour oublier son désastreux mariage.
BOB , tendant l’oreille : En effet, voici de la visite.
(On entend une voix : Monsieur d’Artagnan ! monsieur d’Artagnan !)
LÉA : Qui est-ce?...
ANY : Mme Bonacieux.
MADAME BONACIEUX, essoufflée par une marche rapide - Ah! mon Dieu, je me meurs!
PLANCHET - Monsieur, faut-il encore monter la garde ?
D'ARTAGNAN - Plus que jamais, Planchet.
MADAME BONACIEUX - Monsieur d'Artagnan... ah! quel bonheur de vous rencontrer.
D'ARTAGNAN - Me voici, madame.
MADAME BONACIEUX - Vous m'avez offert vos services.
D'ARTAGNAN - Et je vous les offre encore.
MADAME BONACIEUX - Tant mieux! car j'ai répondu de vous.
D'ARTAGNAN - A qui?
MADAME BONACIEUX - A la reine!
D'ARTAGNAN - Et vous avez bien fait... je suis à ses ordres et surtout aux vôtres.
MADAME BONACIEUX - Monsieur, je vous connais à peine, mais j'ai toute confiance en vous... pourquoi ? je n'en sais rien.
D’ARTAGNAN - Je le sais, moi... C'est parce que je vous aime.
MADAME BONACIEUX - Vous me le dites... Écoutez-moi: je jure devant Dieu que, si vous me trahissez et que mes ennemis m'épargnent, ce dont je doute, je jure que je me tuerai en vous accusant de ma mort.
D’ARTAGNAN - Et moi, devant Dieu, je jure aussi, madame, que, si je suis pris en accomplissant les ordres que vous me donnerez, je mourrai avant de rien faire ou dire qui compromette quelqu'un que je respecte ou quelqu'un que j'aime.
MADAME BONACIEUX - Eh bien, il s'agit de partir à l'instant, sans perdre une seconde...
D’ARTAGNAN - Pour quel pays?
MADAME BONACIEUX - Pour Londres, et de remettre cette lettre...
D'ARTAGNAN - A qui?
MADAME BONACIEUX - Au duc de Buckingham.
D'ARTAGNAN - Mais il me faut un congé de M. de Tréville ?
MADAME BONACIEUX - Je suis passée chez lui... Dans un quart d'heure, le congé sera ici.
D'ARTAGNAN - Je pars!... mais, à mon retour?...
MADAME BONACIEUX - A votre retour?
D'ARTAGNAN - Que fera madame Bonacieux pour l'homme qui risque sa vie pour elle ?
MADAME BONACIEUX, tendant l’oreille - Silence!
D'ARTAGNAN - Quoi ?
MADAME BONACIEUX - La voix de mon mari!...
D'ARTAGNAN - Soyez tranquille, Planchet défend la porte... Que fera-t-elle ? Dites.
MADAME BONACIEUX - Je n'en sais rien... mais venez toujours la rejoindre où elle sera, et nous verrons.
D'ARTAGNAN - Mais où sera-t-elle ?
MADAME BONACIEUX - Sauvez-vous; moi, je reste...
D'Artagnan sort (côté jardin), Mme Bonacieux rejoint son mari que l'on aperçoit, faisant de grands gestes, et avec lui elle disparaît (côté cour).
BOB : M. Bonacieux est devenu un espion du cardinal. Il gronde vivement sa femme...
LEA : parce qu'elle était chez d'Artagnan...
ANY : d'Artagnan qui est un mousquetaire, donc un ennemi de Richelieu.
BOB : Le décor du neuvième tableau représente l'auberge du Colombier rouge .
ANY : Athos, Porthos et Aramis , qui se sont mis au service de d’Artagnan, occupent le rez-de-chaussée.
Les trois mousquetaires traversent lentement la scène, un doigt sur la bouche (chut ! pour se recommander l'un à l'autre le silence) en se montrant de l'autre main le plafond.
LÉA : Par un tuyau traversant le plafond, ils entendent tout ce qui se dit à l'étage...
BOB : où se trouve Milady, qu'ils surveillent.
ANY : (Après le passage des mousquetaires .) Les mousquetaires sont en bas, nous voici maintenant à l'étage.
Le Colombier rouge
Premier étage
Milady entre en scène et s'assied, pensive.
LÉA : Les trois mousquetaires ne seront pas déçus...
ANY : Dans cette discrète auberge, Milady va recevoir une visite...
BOB : Celle du cardinal de Richelieu en personne.
Richelieu entre. Milady s'incline et lui cède son siège.
LE CARDINAL - Vous allez partir pour Londres . Vous irez trouver Buckingham de ma part; vous lui direz que je sais tous les préparatifs qu'il fait, mais que je ne m'en inquiète guère, attendu qu'à son premier mouvement je perds la reine!
MILADY - Croira-t-il Votre Éminence en mesure d'accomplir cette menace ?
LE CARDINAL - Vous lui direz que j'ai des preuves, et, quand il saura que cette guerre qu'il entreprend peut coûter l'honneur et même la liberté à la dame de ses pensées, je vous réponds, moi, qu'il y regardera à deux fois.
MILADY - Et si, cependant, il persiste ?
LE CARDINAL - Ce n'est pas probable.
MILADY - C'est possible.
LE CARDINAL - S'il persiste ?... Eh bien, je mettrai mon espoir dans un de ces événements qui changent la face des États.
MILADY - Votre Éminence veut parler du coup de couteau de Ravaillac ?
LE CARDINAL - Justement.
BOB : Ainsi, pour que Buckingham ne pousse pas le roi d'Angleterre à déclarer la guerre à la France, Richelieu pourrait aller jusqu'à le faire assassiner.
ANY : Il suffirait pour cela d'armer le bras d'un fanatique, celui d'un certain Felton, par exemple...
LÉA : Une femme jeune, belle et adroite pourrait y parvenir.
BOB : L'idée d'être complice d'un assassinat n'effraie pas Milady, mais elle exige un ordre écrit.
LÉA : Puis elle va lui demander autre chose.
ANY : Elle veut que Richelieu l'aide à se venger de ses deux ennemis : "cette petite intrigante de Bonacieux" et surtout "ce misérable d'Artagnan".
MILADY - Monseigneur, troc pour troc, existence pour existence, homme pour homme, donnez-moi d'Artagnan, je vous donne Buckingham.
LE CARDINAL - Je ne sais ce que vous voulez dire, Milady; mais, comme j'ai le désir de vous être agréable, voici le papier que vous m'avez demandé.
MILADY - Merci, monseigneur
ANY : Porthos et Aramis ne quittent pas le rez-de-chaussée.
BOB : Mais le troisième mousquetaire, Athos, s'élance et vole à l'étage.
ATHOS, MILADY.
Athos entre au premier étage et referme la porte sur lui.
MILADY - Qui êtes-vous, et que voulez-vous ?
ATHOS - A nous deux! (Il laisse tomber son manteau, et lève son feutre . Milady fait un pas en arrière.) Ah! je vois que vous me reconnaissez.
MILADY - Le comte de la Fère!
ATHOS - Oui, Milady, le comte de la Fère en personne, qui revient tout exprès de l'autre monde pour avoir le plaisir de vous revoir... Asseyons-nous, madame, et causons, comme dit M. le cardinal.
MILADY, tombant sur un fauteuil - Oh! mon Dieu
ATHOS - Vous êtes donc le démon sur la terre ? Heureusement, avec l'aide de Dieu, les hommes ont parfois vaincu le démon...
BOB : Sur ce ton, Athos rappelle à son ancienne femme son ignominie dans le passé...
ANY : Il lui dit aussi qu'il connaît ses sinistres projets.
LÉA : Et il la met en garde.
(Fin de la SCÈNE III)
ATHOS - Écoutez bien ceci : assassinez ou faites assassiner M. de Buckingham, peu m'importe ! je ne le connais pas, et, d'ailleurs, c'est un Anglais; mais ne touchez pas du bout du doigt à un seul cheveu de d'Artagnan, qui est un fidèle ami que j'aime et que je défends, ne touchez pas à quelqu'un des siens, ou, je vous le jure par la mémoire de mon père, le crime que vous aurez tenté de commettre ou que vous aurez commis, sera le dernier.
MILADY - M. d'Artagnan m'a cruellement offensée; M. d'Artagnan mourra.
ATHOS - Ne répétez pas cette menace, madame.
MILADY - Il mourra ! lui, d'abord; elle, ensuite.
ATHOS - Oh! prenez garde, voilà le vertige qui me gagne! (Il tire un pistolet de sa ceinture, et froidement.) Madame, vous allez à l'instant me remettre le papier que vous a signé le cardinal; ou, sur mon âme, je vous fais sauter la cervelle.
MILADY - Non !
ATHOS, levant son pistolet . - Vous avez une seconde pour vous décider...
(Milady tire le papier de sa poitrine et le laisse tomber en grinçant des dents.)
ATHOS, le ramasse et lit : " C'est par mon ordre et pour le bien de l'État que le porteur du présent a fait ce qu'il a fait. RICHELIEU..."
(Il reprend son manteau et son feutre.) Et, maintenant que je t'ai arraché les dents, vipère! mords, si tu peux.
MILADY, se tordant de rage - Ah!
ANY : Acte IV . Dixième tableau. Nous sommes en Angleterre, sur un quai du port de Portsmouth.
LEA : Buckingham se prépare à la guerre . Il va secourir les protestants assiégés à La Rochelle.
BOB : Le voici, le duc de Buckingham. Avant d'embar-quer, il se rend dans sa tente, sous la protection d'une sentinelle.
Buckingham s’assied à une petite table . Pensif, il occupe le centre de la scène.
LÉA : C'est le moment qu'ont choisi Milady et son complice Felton pour exécuter leur sinistre dessein.
MILADY, FELTON, D’ARTAGNAN, BUCKINGHAM
LA SENTINELLE - Je vous dis qu'on ne passe pas!
D’ARTAGNAN - Je vous dis que je passerai, mordieu!... je veux parler au duc de Buckingham; faites-moi place, ou sinon...
FELTON - Entendez-vous ?
BUCKINGHAM, à la sentinelle. - Qu'y a-t-il ?
D’ARTAGNAN -Dites-lui que c'est un gentilhomme français qui a crevé trois chevaux de Douvres à Portsmouth, dites-lui mon nom s'il le faut : M. d'Artagnan.
MILADY - D'Artagnan !
BUCKINGHAM - Un gentilhomme français?... M. d'Artagnan? (Faisant un pas vers lui.) Me voici!
BUCKINGHAM - Mais, enfin, tu as appris ?...
D'ARTAGNAN - Oui, milord, j'ai appris qu'il y a cent vingt lieues pour aller d'ici à Paris, et qu'il me reste vingt-quatre heures pour les faire.
LÉA : une lettre qu'il veut joindre au coffret contenant les ferrets.
Milady et Felton sont toujours immobiles au fond de la scène, côté jardin, lui le couteau levé.
Buckingham rentre dans sa tente est s'assied à sa table.
Felton avance à pas prudents, la sentinelle lui tournant le dos. Il entre dans la tente, poignarde Buckingham et s'enfuit avec Milady. Cri de la victime : la sentinelle se précipite vers elle, puis des hommes l’emportent.
Les récitants s'avancent pour occuper le devant de la scène, accompagnés par une clameur venant des coulisses : “Au meurtre ! à l’assassin ! Courez ! courez ! C’est lui ! lui ! lui !"
LÉA : Avant de mourir, le duc à le temps de lui remettre une lettre pour la reine et, avec le poignard qui l'a tué, le coffret contenant les ferrets de diamants.
BOB : Il lui répond (les mains en porte-voix) " Oh! Milady!... ah! lâche assassin!... Oui, sois tranquille!... au revoir! au revoir! "
"Port de Portsmouth"
par une autre :
"Hôtel de ville de Paris".
(Fin de la SCÈNE III)
(Bruit, acclamations dans les coulisses.)
Les mêmes, ANNE D'AUTRICHE.
LE CARDINAl - Madame! (Il salue; à part.) Elle n'a pas les ferrets! (Haut.) Madame peut donner une excuse bien naturelle : sa beauté, le soin de sa toilette, le temps qu'il a fallu pour lacer les manches avec ces ferrets.
Le roi sort à son tour. Estefana, une suivante, entre et s'empresse auprès de la reine restée seule .
ANY : Elle est désespérée parce que son ennemi, le cardinal de Richelieu, va dire au roi qu'il sait où sont les ferrets... en Angleterre!
Il entre en scène en courant et trébuche en s'inclinant pour saluer.
ANNE, D’ARTAGNAN, ESTEFANA
Les mêmes, LE ROI, LE CARDINAL, TRÉVILLE, ROCHEFORT.2
D'ARTAGNAN - Le mort est plus heureux.
MILADY, MADAME BONACIEUX
MILADY - Ce sont nos amis ou nos ennemis; restez où vous êtes, je vais vous le dire. (Elle regarde par la fenêtre)
MADAME BONACIEUX, chancelant. - Oh! mon Dieu ! mon Dieu !
MILADY - C'est l'uniforme des gardes de M. le cardinal... Pas un instant à perdre... Fuyons ! fuyons !...
MADAME BONACIEUX - Oui, oui.
MILADY - Venez donc; mais venez donc!
MADAME BONACIEUX, se relevant. - Attendez, me voilà...
D'ARTAGNAN, dans la rue. - Ordre de la reine...
MADAME BONACIEUX, vivement. - Sa voix, c'est sa voix! (Courant à la porte.) D'Artagnan ! d'Artagnan ! par ici ! est-ce vous, mon Dieu?
D’ARTAGNAN - Constance ! Constance ! où êtes-vous ?
MADAME BONACIEUX - Ah ! d'Artagnan, je ne l'espérais pas, c'est donc vous !
D'ARTAGNAN - Oui, oui, c'est moi!
MADAME BONACIEUX - Ah! que j'ai bien fait de ne pas fuir avec elle!
D'ARTAGNAN - Avec elle ?
ATHOS - Qui, elle?
MADAME BONACIEUX. - Mais cette femme, celle qui, par intérêt pour moi, voulait m'emmener, celle qui vous prenait pour des gardes du cardinal et qui vient de s'enfuir.
D'ARTAGNAN - Celle qui vient de s'enfuir! que dites-vous ? Mon Dieu! une femme vient de s'enfuir?
MADAME BONACIEUX - Qu'ai-je donc ?... Ma tête se trouble, je n'y vois plus .
D'ARTAGNAN - A moi ! Ses mains sont froides, elle se trouve mal ! Mon Dieu! elle perd connaissance.

BOB : Athos examine le verre dans lequel Milady a vidé la bague.
LÉA : Il comprend que Milady a empoisonné Mme Bonacieux.
ANY : Pauvre femme !...
LÉA : Pauvre Constance!...
BOB : Elle meurt dans les bras de d'Artagnan.
ÉPILOGUE
ANY : L'épilogue a pour cadre une vallée près de la rivière de Lys. Il fait nuit.
LÉA : Les mousquetaires ont retrouvé la trace de Milady . Ils sont accompagnés par Milord de Winter et par un mystérieux homme masqué, recruté par Athos.
Milady entre en scène, apeurée .
BOB : Les poursuivants surprennent la fugitive dans une cabane au bord de l'eau, où elle s'est réfugiée.
Les récitants s'écartent.
BOB : Athos enfonce la fenêtre d'un coup de poing et entre le premier.
ATHOS - Nous voulons vous juger selon vos crimes; vous êtes libre dans votre défense, justifiez-vous si vous le pouvez . Chevalier d'Artagnan, à vous d'accuser le premier.
D'ARTAGNAN, paraissant sur le seuil de la porte - Devant Dieu et devant les hommes, j'accuse cette femme d'avoir empoisonné Constance Bonacieux, morte, il y a deux heures, entre mes bras, au couvent des Carmélites de Béthune.
ATHOS - Milord de Winter, à votre tour.
MILADY - Milord de Winter !
DE WINTER,sur le seuil de la porte. - Devant Dieu et devant les hommes, j'accuse cette femme d'avoir corrompu un officier de marine, nommé Felton, de lui avoir fait tuer le duc de Buckingham, meurtre que, dans ce moment-ci, Felton paye de sa tête... Assassin de Buckingham... assassin de Felton... assassin de mon frère, je demande justice contre vous, et déclare que, si on ne me la fait pas, je me la ferai moi-même.
ATHOS - A mon tour ! J'épousai cette femme lorsqu'elle avait dix-sept ans, je l'épousai malgré mon père, je lui donnai mon bien, je lui donnai mon nom. Un jour, je m'aperçus qu'elle était flétrie. Cette femme avait une fleur de lys sur l'épaule gauche !
UN HOMME MASQUÉ, sur la porte - J'atteste.

L'HOMME - Moi
MILADY - Vous? je vous défie de retrouver le tribunal qui a rendu cette infâme sentence ! Je vous défie de retrouver l'homme qui l'a exécutée!
L'HOMME, ôtant son masque. - Le voilà!
ANY : Cet homme est le bourreau qui, quelques années plus tôt, a marqué au fer rouge la jeune délinquante.
LÉA : Et voici venue l'heure de la sentence pour les plus récents crimes qu'elle a commis.
BOB : D'Artagnan, de Winter et Athos condamnent la coupable à la peine de mort.
ATHOS - Vous n'êtes pas une femme, vous n'appartenez pas à l'espèce humaine ; vous êtes un démon échappé de l'enfer, et nous allons vous y faire entrer.
MILADY - Assassins ! assassins ! assassins !
L'HOMME - Le bourreau peut tuer, sans être pour cela un assassin, madame; c'est le dernier juge, voilà tout!
MILADY - Oui; mais, pour qu'il ne soit pas un assassin, il lui faut un ordre.
L'HOMME - Cet ordre, le voici. « C'est par mon ordre et pour le bien de l'état que le porteur du présent a fait ce qu'il a fait. Signé RICHELIEU. »
MILADY - Ah! je suis perdue!
ATHOS - Bourreau, fais ton devoir.
BOB : Le bourreau entraîne Milady.
LÉA : Les juges improvisés pardonnent à la coupable le mal qu'elle leur a fait.
ANY : Chacun lui dit "Mourez en paix"
ATHOS - A genoux, messieurs, et prions, car une créature coupable mais pardonnée va mourir...
Le Bourreau repasse au fond, l'épée nue à la main.
LE BOURREAU - Laissez passer la justice de Dieu !
D'ARTAGNAN, se soulevant - Tout est fini. Pardonnez-nous, Seigneur.
12:19 Publié dans Jeux | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : théâtre, duels, courage, esprit



Écrire un commentaire